TEMOIGNAGE

J’AI CHOISI D’ÊTRE LIBRE (HENDA AYARI)

Le résumé du livre

D’origine algéro-tunisienne, Henda Ayari est née en France. Chaque été, elle va passer ses vacances en Tunisie. À neuf ans, elle se retrouve victime d’une tentative de viol de la part d’un de ses cousins. Un peu plus tard, elle découvre l’Islam Salafiste par le biais de converties d’origine française. Elle se recouvre alors du voile intégral par conviction alors que sa famille est assez peu pratiquante. Elle n’a pas encore terminé ses études de sociologie quand ses proches organisent son mariage avec un Tunisien salafiste nettement plus âgé qu’elle. Il lui fait croire qu’il a un emploi dans un magasin de matériel informatique et qu’il aménage un appartement pour leur future vie de couple alors qu’en réalité il vit d’aides sociales et de petits trafics et habite toujours chez ses parents. Mais quand Henda découvre la triste vérité alors, il est trop tard. Elle se retrouve mariée et quasi prisonnière d’un homme lâche, menteur et hypocrite. De plus, elle est bientôt enceinte de son premier enfant et, pour ne rien arranger son mari commence à la frapper…

Ma critique

« J’ai choisi d’être libre » est le témoignage émouvant et même bouleversant d’une femme dont on a abusé de la naïveté. Elle s’imaginait par exemple que porter le nicquab était le plus sûr moyen de gagner le paradis d’Allah. La route pour récupérer sa liberté fut un long chemin semé d’embûches et de difficultés de toutes sortes. Heureusement pour elle, la République fut bonne fille. Elle fut soutenue par avocats et assistantes sociales et eut même droit à un emploi réservé au Ministère de la Justice. La lecture de ce livre bien écrit et facile à lire grâce au style de la co-auteure, Florence Bouquillat, apprendra sans doute énormément aux lecteurs non avertis sur les mœurs étranges des tenants du salafisme. Son combat fut exactement le même que celui d’une adepte voulant échapper à l’emprise d’une secte. On ne peut qu’admirer le courage et la détermination de cette femme !

Ma note

4/5

TEMOIGNAGE

DEALER DU TOUT-PARIS (GÉRARD FAURE)

Le résumé du livre

Né au Maroc de mère maghrébine et de père français, Gérard se révéla très vite un garçon difficile et rebelle à toute autorité. Bien qu’issu d’une famille très aisée, son père médecin était un intime du roi, très jeune, il commença à fuguer, à trainer avec des voyous dans les rues de Casablanca et même à voler. Il se fait la main en pillant les troncs des églises et commence très jeune une vie de délinquance. Il se lance dans le trafic de cannabis, fait de la prison. Devenu tireur d’élite suite à son passage dans l’armée, il exécute quelques basses œuvres comme l’élimination de terroristes de l’ETA pour le compte du SAC de Charles Pasqua avant de devenir un des proches de grands truands comme Gaétan Zampa et Francis le Belge. C’est le faussaire Fernand Legros qui l’introduira dans les milieux parisiens les plus huppés où il deviendra le dealer préféré de la jet-set, des artistes et des hommes politiques…

Ma critique

« Dealer du Tout-Paris » est un témoignage relatant toute une vie de truanderies diverses et variées. Fauré a sévi dans bien des domaines et dans pas mal d’endroits (Maroc, Espagne, Pays-Bas et France). Il a payé sa dette avec 18 années de prison et semble maintenant décidé à se ranger des voitures, du moins le déclare-t-il en fin d’ouvrage. Le lecteur qui s’attend à des révélations croustillantes sur les grands de ce monde en sera un peu pour ses frais. En dehors de Chirac, Pasqua, Philippe Léotard, Hallyday, de Niro, Grace Jones, Fiona Gélin, Sagan, Mourousi ou Delarue, il n’implique en fait que très peu de « people », la plupart du temps décédés. Lesquels pourront donc difficilement contester s’être approvisionné chez lui. C’est d’ailleurs le point faible de ce récit qui se lit comme un roman malgré un style peu travaillé. Tout y semble rocambolesque, incroyable et parfois même invraisemblable. Ces aventures sont tellement extraordinaires qu’elles en deviennent difficilement crédibles. Même en se disant que la réalité dépasse souvent la fiction, on ne peut s’empêcher de se demander si l’auteur ne serait pas un tantinet mythomane sur les bords en plus d’être « un voyou infréquentable », comme il se qualifie lui-même.

Ma note

3/5

TEMOIGNAGE

LES SECRETS D’UN GUÉRISSEUR (JEAN DAURILLAC)

Le résumé du livre

Jean Daurillac est un guérisseur généreux et talentueux. Il est capable par imposition des mains de « barrer le feu » c’est-à-dire de soulager les souffrances d’une personne brûlée. Il sait utiliser les pouvoirs de l’argile, recueillir la rosée qui lui permettra de préparer onguents, baumes et élixirs floraux. Il a une parfaite connaissance des vertus des plantes qu’il propose en macération, décoction ou infusion et sait user de toutes sortes de méthodes ancestrales pour magnétiser et calmer toutes sortes de maux. Modeste, il déclare vouloir se consacrer à réduire les douleurs et non pas à soigner. Il sait renvoyer les malades vers les médecins classiques quand c’est nécessaire. En un mot, c’est un guérisseur exemplaire qui ne veut pas que l’on dise qu’il a un don. Pour lui, tout le monde pourrait en faire autant. Il suffirait d’en prendre conscience et de travailler.

Ma critique

« Les secrets d’un guérisseur » se présente comme une sorte de longue interview menée par une journaliste qui reste anonyme du début à la faim. Daurillac explique ses pratiques qui peuvent paraître aller du vérifiable et quantifiable au plus ésotérique. Le lecteur rationaliste ou cartésien pourra aisément douter de l’efficacité réelle de certaines d’entre elles. L’intérêt du livre réside dans la révélation de « secrets » (ou plutôt de pratiques voire de trucs) que guérisseurs, magnétiseurs ou rebouteux aiment plutôt garder pour eux. « Un guide indispensable pour ceux et celles qui veulent apprendre comment soigner, se soigner et guérir autrement », proclame la quatrième de couverture. Il semble plutôt que ce soit une initiation, une présentation sommaire de méthodes qui mériteraient une étude et un développement plus important. Néanmoins agréable et facile à lire pour qui s’intéresse un peu au sujet.

Ma note

3,5/5

AUTOBIOGRAPHIESTEMOIGNAGE

MÉMOIRES BARBARES (JULES ROY)

Le résumé du livre

Né en 1907 à Rovigo (actuellement Bougara) en Algérie, Jules Roy, enfant illégitime, passa son enfance à la campagne avant d’entrer au petit séminaire où il restera huit années. Il intégra le corps des tirailleurs algériens puis celui de l’armée de l’air. D’abord pétainiste (il publia un livre à la gloire du maréchal), il change de camp en 1942, passe en Angleterre et entre dans la Royal Air Force. Il effectuera plus de 36 missions de bombardement de nuit sur la Ruhr en Allemagne. Il poursuit sa carrière militaire en Indochine à titre d’officier de communication. Mais en juin 1953, il démissionne alors qu’il est colonel, car il estime que l’armée se déshonore à vouloir rétablir la colonisation par la force. Parallèlement, il commence à publier des ouvrages de témoignage qui déplaisent à l’armée et est envoyé en mission d’enquête en Algérie et en Chine pour le compte de l’hebdomadaire « l’Express ». Il n’arrive pas à rencontrer Mao Tsé Toung pas plus qu’à suivre les étapes de la « Longue marche » et rentre très déçu de ce qu’il a vu. À la fin de sa vie, il se retire sur la colline de Vézelay, non loin de la basilique de Sainte Madeleine…

Ma critique

« Mémoires barbares » est un livre de souvenirs en forme d’autobiographie qui se veut honnête et qui reste assez discrète sur la vie sentimentale assez compliquée de l’auteur. Le lecteur suivra avec grand intérêt tous les évènements auxquels Jules Roy se trouva mêlé : seconde guerre mondiale, (le récit des bombardements au phosphore des villes allemandes est proprement hallucinant), la guerre d’Indochine, celle d’Algérie, le retour du général de Gaulle sans parler des arcanes du monde littéraire parisien pendant un demi-siècle. L’auteur ayant rencontré la plupart des auteurs de l’époque en trace une série de portraits souvent au vitriol. Il fut un habitué des soirées de Florence Gould et de Louise de Vilmorin. La liste est longue des écrivains et des hommes politiques qu’il dépeint : Morand, Nimier, Léautaud, Paulhan, Montherlant, Mauriac, Malraux, Camus, Kessel, Saint-Exupéry, de Gaulle, Mitterand. Personne n’échappe à son regard acéré voire impitoyable. Malraux est sans doute celui qui en prend le plus pour son grade pour sa mythomanie. Seul Camus et Saint-Exupéry trouvent grâce aux yeux de Jules Roy. Le style est bien entendu, de fort belle qualité. Les analyses sont fines et intelligentes. Au total, un livre absolument passionnant.

Ma note

4/5

AUTOBIOGRAPHIESTEMOIGNAGE

MÉMOIRES DE SEPT VIES / CROIRE ET OSER (JEAN-FRANÇOIS DENIAU)

Le résumé du livre

Au cours d’une existence incroyablement remplie, Jean-François Deniau fut chargé par plusieurs hauts dirigeants français ou étrangers des missions les plus diverses et les plus périlleuses. Il fut entre autres négociateur pour la Commission Européenne, homme des missions les plus secrètes et les plus délicates comme (par exemple) libérateur d’otages en Bosnie pour des pilotes capturés ou en Afrique noire pour une religieuse embastillée par les soins des sbires de Bokassa. Tour à tour marin, ministre, diplomate, baroudeur (il a passé clandestinement d’innombrables frontières pour rejoindre des maquis), envoyé spécial, écrivain ou académicien, il se retrouva défenseur du Liban, spécialiste de la Yougoslavie et expert de la politique agricole commune à Bruxelles. Véritable homme-orchestre qu’aucune détresse ne laissait indifférent, on le retrouva sur tous les théâtres d’opérations du Liban à l’Afghanistan, en passant par la Tchétchénie, la Bosnie et tant d’autres…

Ma critique

Avec pudeur et élégance, il nous livre une deuxième fournée de ses Mémoires, faites de rencontres exceptionnelles, de combats toujours pour la bonne cause, de réflexions politiques aussi élevées que désabusées, de rêveries et autres réflexions plus ou moins philosophiques. Personnage extraordinaire de courage et de générosité, chevalier des temps modernes, Deniau devait peut-être à sa foi et à ses lointaines origines irlandaises et serbes, ce goût de l’aventure sous toutes ses formes, cette passion dévorante d’aider les plus démunis et cette volonté de s’intéresser à tout. Rien ne l’arrêta, ni la maladie qui le frappa cruellement à de très nombreuses reprises, ni l’incompréhension de ses pairs, ni les basses manœuvres de la politique politicienne. Il voulut réaliser son rêve d’enfant : aller au bout de ses sept vies. Une magnifique leçon de courage, de volonté, d’altruisme et d’abnégation. Un ouvrage intéressant pour les amateurs d’histoire et de géopolitique contemporaine (sur la période 1945-1995), écrit au fil de la plume, sans souci d’ordre chronologique et sans jamais tomber dans les travers de l’effet facile ou de l’indiscrétion.

Ma note

4/5

AUTOBIOGRAPHIESTEMOIGNAGE

MÉMOIRES DE SEPT VIES / LES TEMPS AVENTUREUX (JEAN-FRANÇOIS DENIAU)

Le résumé du livre

Issu d’une famille de viticulteurs et de forestiers, établie depuis plus de quatre siècles en Sologne sur le domaine de Chambord, Jean-François Deniau eut une vie des plus aventureuses. Il fut étudiant pendant la seconde guerre mondiale et volontaire pour l’Indochine, homme politique, ambassadeur, ministre, commissaire européen, député, président du Conseil général du Cher, essayiste, romancier et membre de l’Académie française. Il fut aussi navigateur émérite, envoyé spécial dans des zones de combats et soutien de peuples opprimés tels les boat people. Il échappa onze fois à la mort et subit un très grand nombre d’interventions chirurgicales particulièrement lourdes. Hors normes dans le paysage politique français, et même carrément électron libre pour les partis de droite, il faisait de la politique en ne se souciant que de servir et non de se servir et sans jamais chercher à faire carrière. Un juste, une sorte de chevalier des temps modernes.

Ma critique

« Les temps aventureux » est le premier des deux tomes de ses mémoires. Il relate la première partie de sa vie, sa jeunesse, ses études et ses premiers pas dans la carrière. Il comporte sept chapitres qui, même s’ils suivent un relatif ordre chronologique n’en demeurent pas moins écrit apparemment un peu au fil de la plume. Deniau reste d’une grande discrétion en ce qui concerne sa vie privée. Il préfère nettement relater toutes sortes d’anecdotes réelles ou inventées. (Difficile avec lui de savoir où se situe la frontière entre réalité et fiction). Il faut dire qu’avec une vie aussi riche et aussi remplie en aventures et rencontres (l’auteur a côtoyé les grands de ce monde Adenauer, Pompidou, Giscard, Kissinger, Jean Monnet, Kroutchev, Louise de Vilmorin, François-Poncet et tant d’autres), il y a forcément ample matière à raconter. Ce touche-à-tout de génie, membre de l’Académie Française, qui fut aussi un grand romancier, se révèle également excellent mémorialiste même si son élégance et sa discrétion pourront décevoir les amateurs de révélations inédites.

Ma note

4/5

AVENTURESTEMOIGNAGE

L’HOMME QUI MARCHE (JEAN BELIVEAU)

Le résumé du livre

Le 18 août 2000, Jean Béliveau quitte le Québec avec 4000 $, un petit tricycle à bagages et le rêve fou de faire le tour du globe à pied. Quelque 75 500 km, 4077 jours et 64 pays plus tard, le marcheur de 55 ans termine son incroyable voyage. Après une marche de 11 ans et 2 mois, Jean Béliveau rentre à Montréal, le 16 octobre 2011. Tout avait commencé par une terrible tempête de glace et le ralentissement de son affaire d’enseignes lumineuses. Puis une lente dépression et un jour, pendant un jogging, cette question : « Combien de temps lui faudrait-il pour rejoindre New-York, le Texas, le Mexique en courant ? Très vite, sa décision est prise. Plutôt que de se suicider, il va partir traverser les cinq continents. Et là, il a senti la force se répandre en lui…

Ma critique

« L’homme qui marche » est le récit d’une expédition hors norme, d’un voyage au bout de soi-même, aux confins de la solitude et de la folie. Combien de traversées de déserts, combien de souffrances, de peines, de larmes mais aussi de rencontres, d’accueil, d’entraide, de solidarité de la part d’inconnus rencontrés un peu partout. Le lecteur découvrira nombre de pays sous un aspect bien différent que celui renvoyé par les médias. Une Afrique du Sud bien éloignée du mythe de la nation arc-en-ciel, une Egypte où des patrouilles de police l’escortent tout au long de son périple, mais aussi un Iran hospitalier et chaleureux dans lequel les jeunes sont curieux de tout ce qui se passe en dehors de leurs frontières. Sans parler des « sauts de puce » obligatoires pour raisons de conflits ou de situations politiques délicates comme l’impossible traversée de la Libye, de l’Afghanistan ou du Pakistan. Un ouvrage bien écrit, passionnant, magnifique, qui se dévore littéralement en laissant un peu le lecteur sur sa faim. Il comprend que l’auteur ait dû condenser onze années de vie intense en 247 pages et ait dû élaguer. Un cahier avec quelques photos aurait été le bienvenu également.

Ma note

4/5

ESSAISTEMOIGNAGE

L’ESPRIT DU CHEMIN (EDOUARD CORTES)

Le résumé du livre

Grand marcheur devant l’éternel, Edouard Cortès, écrivain et journaliste, a de nombreuses expéditions à son actif. Une traversée du Caucase à pied, un pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle en solitaire en 1999, puis un autre en Terre Sainte avec son épouse en 2007 et, pour finir, un dernier à Rome, en famille avec leurs trois filles en 2012. Ainsi, à titre de jacquet, romieu et paumier, s’interroge-t-il sur l’esprit du chemin. Qu’est-ce qui pousse tant d’êtres humains à prendre sac, bourdon et calebasse et à partir à pied sur d’interminables kilomètres vers l’un des hauts lieux de la chrétienté ? Pourquoi souffrir du froid, de la chaleur, endurer la fatigue, attraper tendinites ou ampoules et supporter de précaires conditions d’hébergement ? Et comment vivre cette expérience unique, faire des rencontres et finalement rentrer au bercail bien différent de l’être qu’on était au départ et arriver à réintégrer l’agitation de la vie ordinaire ?

Ma critique

« L’esprit du chemin » n’est pas vraiment un témoignage, ni un récit de voyage, ni une transcription de journal de bord, mais plutôt une suite de réflexions philosophiques ou théologiques et d’anecdotes tirées du vécu de l’auteur. Lequel n’hésite pas à prendre à témoin toutes sortes d’autres pèlerins ayant témoigné dans les temps anciens. Ainsi découvre-t-on au fil de cette lecture que finalement peu de choses ont changé le long de tous ces pèlerinages. Les hommes sont restés les mêmes. Leurs motivations ont peu changé. Plus de 40% des arrivants à Santiago déclarent avoir marché pour des raisons religieuses encore aujourd’hui. Le chemin continue à appeler. Ces paysages, ces cailloux, ces sanctuaires modestes ou majestueux attirent toujours autant. L’essentiel reste pourtant le chemin, le « Camino » et son esprit qui reste magique, essentiel, que l’on soit croyant ou non. Le secret n’est-il pas de chercher à vivre l’instant présent, de lâcher prise au rythme lent de la marche et d’en revenir aux besoins essentiels de la condition humaine ? Livre agréable à lire, bien écrit et plein de références intéressantes. (Une importante bibliographie en fin d’ouvrage permettra d’approfondir la question).

Ma note

4/5

HISTORIQUETEMOIGNAGE

LES CHIENS D’HIMMLER (FRANÇOIS-ALBERT VIALLET)

Le résumé du livre

En juin 1940, dans une France battue et envahie, François-Albert Viallet est arrêté par des agents de la Gestapo en compagnie d’un camarade. Commence alors pour les deux Français un long périple, en voiture et en train, qui les mènera jusqu’à Berlin, après plusieurs étapes dans diverses prisons (Wiesbaden, Mayence et Francfort). Dans la capitale du Reich, le narrateur se retrouve dans la prison de la préfecture de Police, à l’Alexanderplatz. Pendant plus de quatre mois, il croupit dans le dépôt numéro 1, surnommé « la cuisine du diable », avec 400 autres prisonniers « politiques » dans des conditions effroyables de crasse et de promiscuité, les lieux étant prévus pour une vingtaine de détenus. Torturé par la faim et rongé par la vermine, l’auteur observe que tout le monde ou presque a été arrêté de façon arbitraire. Ainsi le doyen, Juif de 83 ans, s’est retrouvé raflé pour s’être promené dans la rue à une heure tardive. Partout, une stricte hiérarchie raciale a été décrétée par les nazis : les prisonniers allemands sont toujours les premiers et les mieux servis et font également office de kapos, souvent pires que les gardiens officiels. Tout en bas de l’échelle sociale, se retrouvent les Polonais et les Juifs.

Ma critique

« Les chiens d’Himmler » est à la fois le témoignage d’un homme ayant passé une vingtaine de mois dans les geôles nazies et un essai sur le système judiciaire et carcéral hitlérien. Il faut attendre la moitié de l’ouvrage pour savoir pour quelles raisons, F-A Viallet s’est retrouvé dans cette pitoyable situation. On le soupçonne d’espionnage et de complicité avec des antinazis allemands. En réalité, journaliste polyglotte (il servira d’ailleurs de traducteur aux Allemands), il lui est reproché d’avoir écrit avant guerre certains articles peu favorables au régime. La lecture de cet ouvrage publié en 1945 et donc vraisemblablement écrit « à chaud » et « à charge » est assez pénible voire laborieuse. Que de haine ! Que de souffrances ! Que d’absurdités kafkaïennes ! Quel manque d’humanité ! Tout comme le KGB d’autre sinistre mémoire, la Gestapo fonctionnait selon le principe monstrueux et totalitaire du « tous coupables », aussi extravagantes ou invraisemblables que puissent être les charges. Le tout étant de ne pas tomber entre leurs pattes, vu le peu de chances de s’en ressortir… Heureusement pour l’auteur, il parviendra à s’évader d’une façon totalement improbable et fort mal expliquée d’ailleurs. Ouvrage utile à titre de document pour la recherche historique, registre totalitarisme, propagande et manipulation des masses.

Ma note

2,5/5

AVENTURESEXPLORATIONSTEMOIGNAGE

L’HOMME QUI VOULAIT VOIR TOUS LES PAYS DU MONDE (ANDRÉ BRUGIROUX)

Le résumé du livre

S’il est un homme qui peut se targuer d’avoir réalisé, adulte, tous ses rêves d’enfant, c’est bien André Brugiroux. Surnommé « le pape des routards », il a d’abord bouclé en dix-huit ans d’auto-stop, bateau-stop et autres subterfuges peu onéreux, un incroyable tour du monde. Puis au fil des ans, des occasions et des conférences, il a réussi à poser son sac dans presque tous les pays du monde. Seule, l’Arabie Saoudite s’est longtemps refusée à lui, mais, il a réussi récemment, grâce à un concours de circonstances quasi miraculeux, à accrocher ce dernier trophée à son tableau de chasse de globe-trotteur ! Et tout ça, à raison d’un seul dollar par jour, sans jamais devoir payer pour coucher à l’hôtel (sauf quand c’était absolument obligatoire comme en URSS ou en Corée du Nord), sans se munir du moindre canif (en signe de non-violence assumée), ni d’une simple gourde même en plein désert (pour toujours devoir s’en remettre au bon vouloir de l’Autre).

Ma critique

« L’homme qui voulait voir tous les pays du monde » est un témoignage passionnant et époustouflant de toute une vie passée sur les chemins dans une quête assez unique de cette totalité de voyages qui vise le Livre des Records et frise un tantinet la monomanie. En effet, il reste à Brugiroux un lieu non visité, les îles Chagos, base militaire US vidée de ses habitants. Lire ces aventures permet d’apprendre pas mal de choses sur la réalité de pays dont le lecteur n’a souvent qu’une idée faussée par la présentation tendancieuse qu’en font nos médias. Que de péripéties, que de dangers, que de rebondissements, que de souffrances pour arriver à pareil résultat. L’auteur en tire la leçon suivante : « La terre n’est qu’un seul pays et tous les hommes en sont les citoyens », précepte proclamé par Bahà’u’llàh, fondateur d’une religion universelle dérivée de l’Islam et prônant un idéal de paix par la gouvernance mondiale. Ouvrage que l’on conseillera aux amateurs d’aventures loin des sentiers battus touristiques, aux rêveurs de grands espaces, tout en se permettant deux petits reproches. Bien des lieux mériteraient de plus amples développements. L’auteur aurait pu en profiter pour réduire la durée de ses prêchi-prêcha baha’istes un brin lassants. L’enfer « mondialiste » est pavé de si bonnes intentions…

Ma note

4/5

TEMOIGNAGE

UNE FEMME BLESSÉE (SUSAN STANFORD)

Le résumé du livre

À Chicago, Susan, 26 ans, professeure de psychologie en faculté, voit son mariage avec Franck, brillant juriste, se déliter peu à peu. Quand elle lui pose la question cruciale de savoir si elle peut espérer agrandir un jour la famille, il refuse en se disant pas prêt à être père. Le couple finit par se séparer. Susan rencontre un autre homme dont elle tombe enceinte. Ne se sentant pas la force de garder cet enfant conçu hors mariage, elle se résigne à avorter. Le traumatisme est tel pour la malheureuse qu’il lui faudra de longues années avant de retrouver le goût de vivre et de regagner la surface grâce à l’amitié de ses proches et surtout à la découverte du pardon et de l’amour divin. Elle doit bientôt quitter un poste de doyenne de l’Université pour ouvrir un cabinet de consultations psychologiques à Detroit où elle s’efforce d’aider d’autres femmes traumatisées par l’épreuve de l’avortement. Elle pratique ainsi une totale reconstruction « psychique et spirituelle » qui porte souvent de très beaux fruits.

Ma critique

« Une femme blessée » se présente comme le très émouvant témoignage d’une femme honnête et intelligente. À la lumière d’une expérience aussi douloureuse que traumatisante, elle parvient à nous faire partager avec sensibilité et ferveur un message de foi et d’espoir en la vie et en la miséricorde divine laquelle permet aux femmes de se pardonner et de se faire pardonner. Ce chemin de résurrection peut être long et douloureux. Les séquelles psychiques de ce geste terrible pouvant être aussi nombreuses que la dépression nerveuse, le chagrin persistant, le remords chronique, les maladies psychosomatiques, les abus de drogues ou d’alcool et même les tentatives de suicide sans parler de celles purement physiques comme les possibles fausses couches ou grossesses extra-utérines. Un livre important sur une question aussi cruciale que vitale et nettement moins simple que voudraient le faire croire les tenantes de l’IVG fraîche et joyeuse.

Ma note

4,5/5

TEMOIGNAGE

LA FOSSE AUX SERPENTS (MARY JANE WARD)

Le résumé du livre

Dans les années cinquante de l’autre siècle, à New-York, Virginia Cunningham, jeune journaliste souffrant de dépression nerveuse (aujourd’hui, on parlerait plutôt de « burn out »), accepte de se faire interner volontairement dans un hôpital psychiatrique qui se présente comme un établissement de cure ou de repos de premier ordre. À peine est-elle arrivée que le cauchemar commence. Rien n’est épargné à la pauvre Virginia, ni la tenue de bagnarde, ni la nourriture infecte, ni les douches collectives où il faut se savonner avant de se mouiller, ni la camisole chimique, ni surtout les monstrueuses séances d’électrochocs qui sont une inhumaine torture parfaitement inutile. Ce calvaire durera des mois. La malheureuse aura toutes les peines du monde pour arriver à échapper à cet enfer…

Ma critique

« La fosse aux serpents » est un témoignage bouleversant et totalement véridique sur la condition des patients traités en psychiatrie dans ces années-là. Le personnel soignant semble n’avoir qu’une obsession : exercer un pouvoir absolu, réduire à néant toute volonté, nier totalement la personnalité du malade. À la plus petite incartade, les sanctions tombent dru : enfermement, camisole de force, nuit dans des draps mouillés, douches glacées, etc. La lecture d’un tel document permet de mesurer l’évolution qu’a suivie la psychiatrie et de se poser bien des questions sur la nature humaine, sur la fragilité de son psychisme (Virginia en était arrivée à ne plus savoir depuis combien de temps elle était enfermée, ni à quel moment de la journée elle se trouvait, ni même à reconnaître son mari venu lui rendre visite). Et de toutes les questions que pose cet ouvrage, il en est une particulièrement irritante car insoluble : où se situe la frontière entre normalité et maladie mentale ?

Ma note

4/5

HISTORIQUETEMOIGNAGE

J’AI SERVI LE ROI DU NÉPAL (ERIKA KATE LEUCHTAG)

Le résumé du livre

En 1939, Erika Kate Leuchtag est une physiothérapeute allemande qui exerce son art en Inde auprès de malades plutôt illustres. Dix ans plus tard, elle est invitée à venir soigner l’une des deux reines du Népal, pays totalement fermé aux étrangers. Elle fait la connaissance du roi Tribhuvana qui lui semble très agréable mais également complètement oisif. Comme elle s’étonne qu’il semble n’avoir jamais rien à faire, il lui répond que depuis plus d’un siècle, la famille Rana a confisqué le pouvoir pour exercer une sorte de dictature complètement rétrograde. Lui souhaiterait pouvoir ouvrir son pays à la démocratie et à la modernité, mais il n’y arrivera pas sans aide. Ce sera l’occasion pour Erika de se trouver en position d’intermédiaire avec l’Inde et ainsi de jouer un rôle capital dans les destinées du Népal.

Ma critique

« J’ai servi le roi du Népal » est un témoignage historique tout à fait intéressant et singulier. En effet, il n’est pas commun de voir un roi, considéré par son peuple comme une réincarnation de Bouddha, être à l’origine d’une révolution et comploter contre son premier ministre, lequel n’est qu’un autocrate corrompu jusqu’à la moelle. Dans cet ouvrage bien écrit et agréable à lire, le lecteur apprendra nombre de choses sur la réalité d’un petit royaume fermé sur lui-même, longtemps interdit aux étrangers, un « dernier bastion du mystère » qui peu à peu et d’une façon totalement inattendue a pu sortir de son terrible isolement. Une page d’Histoire à découvrir.

Ma note

4/5

TEMOIGNAGE

TOUTE VÉRITÉ EST BONNE À DIRE (CLAUDE ALLÈGRE)

Le résumé du livre

Le « Mammouth », que Claude Allègre préférerait qualifier de « Dinosaure » est en plein marasme depuis bien des décennies. Effectifs d’enseignants en constante augmentation alors que le nombre d’élève est en baisse. Eternelle revendication de « plus de moyens », c’est-à-dire de plus de postes alors que l’enseignement ne fait que se dégrader. Co-gestion avec des syndicats corporatistes et ne représentant qu’eux-mêmes. Haute administration arque-boutée sur ses privilèges. Manque d’ouverture sur le monde et sur l’entreprise. Et, entre autres, utilisation d’un jargon abscons digne du pire volapük avec ces fameux « apprenants en situation de maîtrise d’un référentiel bondissant » pour parler d’élèves jouant au ballon… Autant de chantiers titanesques, de travaux d’Hercule auquel le ministre tenta de s’atteler avec les maigres résultats que l’on connait.

Ma critique

« Toute vérité est bonne à dire » est un livre d’entretiens menés par le journaliste Laurent Joffrin. Claude Allègre profite de l’exercice pour expliquer sa démarche. Il aurait pu se contenter d’être un bon gros ministre sympa qui n’aurait rien fait du tout. Il s’est retroussé les manches, a affronté vaillamment le terrible SNES et a récolté une réputation détestable dans le milieu enseignant. Son bilan n’est qu’à moitié convaincant même si lui est persuadé d’avoir pleinement réussi dans sa tâche réformatrice. Il n’en demeure pas moins que le recul du temps démontre que malgré tous ces beaux efforts, les problèmes n’ont fait que croître et embellir. Le livre demeure néanmoins intéressant, car le diagnostic est assez exact. Allègre ne pratique pas la langue de bois. Le tableau qu’il dresse des coulisses du ministère n’a rien de rassurant quant aux pratiques des éléphants du parti socialistes avec leurs tendances, leurs courants, leurs motions et leurs intrigues, elles sont carrément dignes du panier de crabes. Le lecteur comprendra mieux comment tous ces politicards purent tomber de Jospin en Hollande pour en arriver au catastrophique Hamon. Ouvrage à lire à titre de document historique sans grande tenue. Les niaiseries sur la démocratie et sur la construction européenne marquant les limites de l’exercice de vérité.

Ma note

2,5/5

TEMOIGNAGE

LA RAGE DE SURVIVRE (ANTONIO FONSECA)

Le résumé du livre

Le 18 novembre 1965, Antonio Fonseca, jeune immigré portugais récemment arrivé en France, travaille de nuit dans un tunnel mal éclairé de la SNCF quand il est happé par un train de voyageurs qu’il n’a pas entendu arriver. Traîné sur plus de cent mètres, il se retrouve amputé d’un bras et de ses deux jambes. Il reste plus d’un an à l’hôpital, dans des souffrances intolérables, aux limites entre la vie et la mort. Mais la rage de survivre l’emporte. Le courageux Antonio supporte tout et commence à entrevoir un début d’embellie quand un médecin spécialisé lui annonce qu’il y a une possibilité de l’appareiller. Et c’est le début d’une très longue série d’efforts pour se remettre debout et commencer à remarcher et à revenir peu à peu sur le chemin de la vie.

Ma critique

« La rage de survivre » est un témoignage aussi émouvant que roboratif. L’auteur nous communique son enthousiasme et sa passion pour la vie. Il reconnaît que c’est surtout grâce à sa foi vivante, solide, indestructible, qu’il est parvenu à se reconstruire peu à peu, qu’il n’en a jamais voulu ni à Dieu ni aux hommes du malheur qui l’a frappé. Une magnifique leçon de courage, et d’optimisme doublée d’un très beau message de réconciliation et de fraternité. Un livre qui fait du bien, qui laisse admiratif devant tant de confiance en la Providence et de ténacité et qui ne se lit pas, qui se dévore. À découvrir pour oublier son blues, ses petites misères et autres ridicules contrariétés…

Ma note

4,5/5

EXPLORATIONSTEMOIGNAGE

L’IGLOU (PAUL-EMILE VICTOR)

Le résumé du livre

En 1934, Paul-Emile Victor, encore un tout jeune homme, organise sa première expédition polaire au Groenland en compagnie de Michel Perez, Robert Gessain et Fred Matter. Le célèbre commandant Charcot les débarquent sur l’inlandsis où ils comptent séjourner plusieurs mois en compagnie d’une tribu d’autochtones. Ils veulent vivre parmi les eskimos et surtout comme les eskimos. Plus tard, ils tenteront le pari fou d’une traversée complète en traineaux à chiens, une première française où ils furent à un doigt de trouver la mort. Puis un long séjour de plus d’un an sur la banquise. Paul-Emile Victor fera la connaissance de la belle Doumidia qui sera sa fidèle compagne, se bâtira une cabane et sera même atteint par le scorbut…

Ma critique

En dépit de son manque évident d’actualité, « L’iglou » reste un récit culte d’aventures et d’exploration. Le lecteur qui voudra bien s’y plonger découvrira un monde complètement inconnu, totalement hostile où la survie est plus que précaire. Les chiens sont les variables d’ajustement. Comme les chameaux des déserts de sable, sans eux pas de possibilité de se déplacer sur de grandes distances. L’auteur leur consacre un grand nombre de pages et même la majeure partie de l’ouvrage. Les conditions de vie sont tellement difficiles que les hommes n’hésitent pas à les sacrifier le moment venu, aussi attachés à eux soient-ils. Le côté ethnographique de l’ouvrage est sans doute le plus intéressant, d’autant plus qu’à cette époque, l’auteur a pu connaître le mode de vie ancestral des eskimos, celui d’avant les motoneiges, le Coca-Cola, la télévision et autres facilités modernes. Livre toujours à conseiller aux amoureux des grands espaces et de la nature sauvage.

Ma note

4/5

AUTOBIOGRAPHIESTEMOIGNAGE

MA MORT ET PUIS APRÈS (LYNE LÉON)

Le résumé du livre

Victime d’un très grave accident de la route, une jeune femme tombe dans un coma profond. Son esprit se détache de son corps et elle se retrouve dans une NDE (Near death expérience) assez longue. Quand elle reprend véritablement conscience, c’est pour découvrir qu’elle est défigurée, recousue de partout, incapable de se lever et qu’elle souffre le martyre. Un chirurgien classique et absolument pas spécialiste en esthétique rate son intervention sur ses paupières. Et ce n’est que le début du calvaire que doit endurer cette pauvre femme pour revenir vers la vie.

Ma critique

« Ma mort et puis après » est un témoignage qui malheureusement ne se cantonne pas au voyage aux confins de la mort. Celui-ci est d’ailleurs évoqué de façon totalement impressionniste, par petites touches qui ne donnent qu’une idée très vague de ce que doit être cette expérience. Très vite le livre tourne au drame et même au mélodrame. L’héroïne accumule les malheurs et les déboires. En plus de son calvaire personnel, autour d’elle c’est l’hécatombe : elle perd son mari suite à un cancer, puis sa mère et enfin la fille de son nouveau compagnon, elle aussi victime d’un accident de la route. Un livre assez intéressant malgré tout, bien écrit quoi qu’un peu confus, mais à déconseiller à celles et ceux qui n’ont déjà pas trop le moral !

Ma note

3/5

HISTORIQUETEMOIGNAGE

RÉCITS DE KOLYMA (VARLAM CHALAMOV)

Le résumé du livre

À l’époque de Staline, un détenu des camps de concentration du Goulag, à l’extrême-nord de la Sibérie, se retrouve interné dans un centre de quarantaine. Pour un temps, il échappe au travail exténuant, aux coups pour un oui ou pour un non, aux vols et humiliations des droits communs. Quand son nom est appelé pour faire partie de ceux qui doivent retourner au camp de la Kolyma, il se fait tout petit et reste dans les rangs pour pouvoir faire durer plus longtemps son séjour dans cet abri relatif. Et ça marche… Un autre qui a énormément travaillé et qui n’est plus bon à grand-chose suite aux mauvais traitements est convoqué par un responsable qui lui assigne une nouvelle affectation. Quand il se retrouve avec des gardes armés dans un camion qui s’enfonce profondément dans la forêt, il réalise soudain que sa dernière heure est venue et qu’on va le liquider d’une balle dans la nuque…

Ma critique

« Kolyma » n’est ni un témoignage chronologique complet ni un recueil de nouvelles, mais plutôt une série de récits, d’anecdotes de portraits de pauvres bougres internés la plupart du temps sans rime ni raison dans cet effroyable enfer concentrationnaire bolchévique. Etudiant à l’Université de Moscou, l’auteur y fut condamné en 1929 et y fit deux séjours avant d’être libéré en 1953, à la mort de Staline. Ce qu’il raconte est d’autant plus glaçant et choquant que tout est fait pour détruire l’homme : travail épuisant dans les mines d’or ou au débardage de bois, nourriture insuffisante, promiscuité, parasites, maladies et persécutions par les droits communs. La plume est précise, les descriptions parfois impressionnistes, l’ambiance glauque à souhait, une impression de dernier cercle de l’enfer. Le summum de l’horreur est d’ailleurs atteint lorsque la montagne rasée et dévastée fair remonter à la surface les milliers de cadavres congelés qui se sont accumulés au fil du temps. Un témoignage accablant pour l’Histoire du communisme.

Ma note

3,5/5

HISTORIQUETEMOIGNAGE

AU BEAU TEMPS DE LA BUTTE (ROLAND DORGELES)

Le résumé du livre

Au tout début de l’autre siècle, le jeune Roland Dorgelès, plus saute-ruisseau que véritable journaliste, passe le plus clair de son temps avec les artistes de la Butte Montmartre. Ainsi fréquente-t-il les peintres du Bateau-Lavoir dont le plus célèbre est déjà Picasso, mais également Utrillo, Suzanne Valadon, Marie Laurencin dont il trace un portrait assez peu flatteur, sans oublier les écrivains comme Paul Mac Orlan, Francis Carco, Paul Léautaud, Henri Béraud et tant d’autres. La vie est aussi dure qu’insouciante pour ces grands noms de la bohème. Mais soudain, un jour d’août 14, toute cette jeunesse est emportée dans le malstrom de la guerre. Un grand nombre n’en reviendront pas… Et l’auteur y laissera bien des illusions sur la fidélité des femmes…

Ma critique

« Au beau temps de la butte » est à la fois un recueil de souvenirs et un témoignage charmant sur une époque disparue, sur un monde oublié. Une époque où Paris était encore la capitale mondiale des arts et des lettres. Un tel rassemblement de talents laisse rêveur. La plume de Dorgelès est magnifique, cela va sans dire. Il sait comme personne traduire une ambiance, faire revivre un peintre ou un écrivain. C’est un observateur intelligent et perspicace au regard acéré, compatissant et plein d’humanité. Sa description du retour à la vie civile en 1918 avec sa suite de déceptions, ses pertes d’illusions et son désespoir poussant un grand nombre de ses compagnons jusqu’au suicide est particulièrement émouvante.

Ma note

4,5/5

AUTOBIOGRAPHIESTEMOIGNAGE

J’AI CHOISI LA LIBERTÉ (NADIA VOLF)

Le résumé du livre

Pourquoi la jeune et brillante Nadia Volf, docteur en médecine, agrégée en neuro-pharmacologie et directrice d’un centre de recherche se retrouve-t-elle obligée de fuir l’URSS de Brejnev en compagnie de son mari Leonid et en cachant son fils Artyom dans le coffre de leur voiture ? Tout simplement parce qu’ils sont juifs et victimes de l’antisémitisme rabique qui règne à cette époque dans le pays. Dès son enfance, elle eut à subir les rebuffades, insultes et humiliations des autres élèves et finalement le rejet, les menaces, les pressions incessantes du KGB. Il était impensable qu’une juive puisse monter si haut ! Arrivée en France, elle découvre que les promesses faites par ses homologues français ne reposent sur rien de sérieux. Heureusement pour elle, toute la communauté juive de Nîmes se mobilise pour accueillir cette famille persécutée de manière plus qu’exemplaire.

Ma critique

« J’ai choisi la liberté » est un magnifique témoignage de courage, de solidarité et de générosité. Il peut redonner confiance dans l’être humain et même prouver qu’à condition d’être honnête, sérieux et de bonne foi, l’intégration de réfugiés « politiques » de ce style peut être une formidable réussite, bénéfique pour ceux qui en profitent comme pour le pays d’accueil. Il faut dire que le docteur Volf n’est pas n’importe qui, mais une des meilleures spécialistes de l’acupuncture, toute dévouée à son art, un « cerveau » qui fut même championne d’échecs dans sa jeunesse. Le genre de « migrante » qu’on accueille avec plaisir (ce qui ne fut pas tout à fait le cas) et qu’on souhaiterait même plus nombreuses. Elle sait reconnaître ce qu’elle doit à notre pays. « Oui, la France fut pour nous la Terre promise. », conclut-elle. À lire, ne serait-ce que pour se rappeler les horreurs du communisme soviétique…

Ma note

4,5/5

AUTOBIOGRAPHIESTEMOIGNAGE

JILL, UNE FEMME RACONTE SON COMBAT CONTRE LE CANCER (JILL IRELAND)

Le résumé du livre

Née en 1936, Jill Ireland est une actrice britannique d’abord mariée avec l’acteur écossais David McCallum avec qui elle a eu trois fils dont un adopté, Jason, mort d’une overdose en 1989. Sur le tournage de « La grande évasion », elle rencontre Charles Bronson, lui-même marié avec des enfants. Le couple aura une fille Zuleika, qui s’illustrera dans des concours hippiques. La famille possède une magnifique propriété à Bel-Air. Passe l’été au bord de l’océan dans une belle résidence de Malibu et l’hiver à faire du ski dans le Vermont. Leur bonheur serait complet si Jill ne s’était pas vue détecter un cancer du sein qui nécessita une ablation totale suivie d’une longue série de sept sessions de chimiothérapie particulièrement douloureuses. Dans ce livre, surtout centré sur les années 83 à 85, l’actrice relate par le menu son long combat contre cette terrible maladie.

Ma critique

« Jill, une femme raconte son combat contre le cancer » est le témoignage émouvant d’une femme qui décide de prendre les choses en main et de mettre toutes les chances de son côté. Elle ne se contente pas de mettre en œuvre les thérapies classiques. Elle se lance parallèlement dans la médecine holistique, dans l’électrothérapie et la méditation. Elle change sa façon de vivre, son alimentation (plus de laitages, de farineux, de sucre et de protéines animales) et jusqu’à son regard sur ses contemporains. Une leçon de courage et de dignité qui se termine sur des pages d’espoir et ne peut qu’être profitable au lecteur même si celui-ci sait que la triste réalité a rattrapé l’auteure cinq années plus tard et a eu le dernier mot…

Ma note

4/5

BIOGRAPHIESTEMOIGNAGE

VLADIMIR OU LE VOL ARRÊTÉ (MARINA VLADY)

Le résumé du livre

En 1967, dans un théâtre moscovite, Marina Vlady fait la connaissance de l’acteur, auteur-compositeur-interprète Vladimir Vissotsky. Elle est alors mariée et mère de trois garçons issus de deux unions différentes. Lui est dans une situation similaire mais avec deux enfants. Cela ne les empêche pas de tomber follement amoureux et de tout abandonner pour vivre ensemble. L’ennui c’est que Marina Vlady est une actrice de renommée mondiale qui a toute latitude de circuler partout dans le monde sans pouvoir s’installer durablement en Union soviétique alors que son amant, poète détesté par le régime mais idolâtré par le public, n’a pas le droit de sortir du pays. Le couple doit vivre caché et Marina faire des allers et retours incessants entre la France et la Russie. Tout se compliquera rapidement avec l’alcoolisme et l’addiction à la morphine de Vladimir…

Ma critique

« Vladimir ou le vol arrêté » est un témoignage en forme de déclaration d’amour à un artiste à la carrière météoritique. Les astronomes d’un observatoire de Crimée baptiseront d’ailleurs de son nom une nouvelle planète découverte entre les orbites de Mars et de Jupiter. Au-delà du côté sentimental et passionnel de cette liaison qui ne dura qu’une douzaine d’années, le lecteur découvrira surtout les tracasseries dans la Russie soviétique, les souffrances pour ne pas dire le calvaire de la compagne d’un drogué et d’un alcoolique en proie au mal de vivre sans oublier les plaisirs d’une existence de nantis passant d’un pays à l’autre, d’un palace au suivant, dans les endroits les plus chics et les plus romantiques de la planète, notre actrice ayant réussi à extraire son poète de sa prison à ciel ouvert. Intéressant et instructif même avec le recul du temps. De nombreux poèmes de Vissotsky agrémentent ce texte, écrit comme une adresse au disparu, qui donne envie de mieux connaître cet artiste tout à fait original.

Ma note

4/5

BIOGRAPHIESTEMOIGNAGE

J’AI DU CIEL BLEU DANS MON PASSEPORT (PHILIPPE DE DIEULEVEULT)

Le résumé du livre

Issu d’une ancienne famille de l’aristocratie bretonne, Philippe de Dieuleveult est le benjamin d’une fratrie de sept garçons. Dès le plus jeune âge, il ne rêvait que d’aventures. Il fut d’abord scout puis exerça mille petits métiers pour financer sa première expédition, une traversée du Sahara qui sera suivie de plusieurs autres. Il participe avec succès à la « Course autour du monde » pour laquelle de jeunes globe-trotteurs devaient envoyer chaque semaine un reportage sur un pays différent. En 1979, il est engagé comme journaliste reporter d’images pour FR3. Caméra à l’épaule, il filme les équipes de « Médecins sans frontières » dans leurs diverses missions partout dans le monde. Et en 1981, il anime sur Antenne 2 l’émission « La Chasse aux trésors », qui passionnera le public pendant plus de quatre ans. Enregistrant l’émission chaque semaine dans un endroit différent, il marque les téléspectateurs par sa chaleur humaine, son humour, et ses prises de risques (chute depuis un hélicoptère, plongée sous-marine, saut en parachute en direct, etc.). L’émission, diffusée le dimanche soir, arrivera souvent en tête des audiences. Malheureusement, il disparaît tragiquement et mystérieusement au Zaïre en 1985. Noyade, accident ou assassinat ? L’affaire n’a jamais été vraiment élucidée.

Ma critique

« J’ai du ciel bleu dans mon passeport » est son témoignage en forme d’autobiographie qui parut une année avant sa mort. Sans se soucier de l’ordre chronologique, il y raconte en vrac sa jeunesse, ses expéditions, sa vie d’homme de télévision et même ses liens avec l’armée (ancien parachutiste et formateur commando, il sera contacté par le célèbre Bob Denard mais refusera de collaborer avec lui). Il fait preuve d’une grande franchise et d’une belle honnêteté. Reconnait être touché par l’amour que le public lui porte et en particulier les handicapés, tout en reconnaissant ne pas être atteint par cette « gloire » et être résolu à toujours rester lui-même, c’est-à-dire un aventurier des temps modernes toujours prêt à faire ses bagages pour partir au bout du monde. Un livre tonique et bien écrit qui permet de jeter un œil dans les coulisses de la télévision tout en gardant la mémoire d’un être hors norme.

Ma note

4/5

BIOGRAPHIESTEMOIGNAGE

LA PERLE ET LA COQUILLE (NADIA HASHIMI)

Le résumé du livre

De nos jours, dans un petit village afghan, un ancien soldat des seigneurs de la guerre retrouve sa famille et se laisse aller à ses penchants pour la drogue. Il n’a que des filles qui sont harcelées sur le chemin de l’école. La solution sera de les confiner à la maison et de marier la très jeune Rahima à un homme de plus de soixante ans… Au tout début de l’autre siècle, Shekiba perd toute sa famille lors d’une épidémie de choléra. Elle tente de survivre seule sur la petite ferme familiale. Mais assez rapidement, ses oncles la placent comme garde du harem dans le palais du roi d’Afghanistan. Malheureusement, elle ne peut empêcher un homme de s’introduire à l’intérieur. Ce sera la suite de ses malheurs…

Ma critique

« La perle et la coquille » est le récit choral ou stéréophonique de la vie de deux femmes afghanes à un siècle de distance et en alternant les chapitres. Une longue suite d’épreuves, de drames et d’humiliations de toutes sortes pour ces femmes. Des vies d’esclaves consacrées aux travaux ménagers et vouées à la procréation si possible uniquement de garçons. Le lecteur découvre qu’au XXIème siècle rien n’a changé, Rahima a beau terminer adjointe parlementaire d’une députée de la « jirga » (assemblée nationale), elle est tout autant privée de liberté, exploitée et humiliée que son arrière-arrière-arrière grand-mère. Malgré quelques longueurs, ce gros pavé se lit assez rapidement tant ces mœurs d’un autre temps semblent exotiques et choquantes et donnent à réfléchir sur la condition de la femme dans ce pays. À conseiller pour nous aider à appréhender une réalité bien cruelle.

Ma note

4/5

TEMOIGNAGE

MON CHEMIN MÈNE AU TIBET (SABRIYE TENBERKEN)

Le résumé du livre

Sabriye Tenberken est une jeune Allemande aveugle de 26 ans passionnée par la vie des Tibétains. Elle met au point un alphabet en braille pour leur langue et décide de partir au Tibet pour y monter une école spécialisée pour jeunes aveugles nécessiteux. À Lhassa, un directeur d’école pour jeunes orphelins lui prête un local où elle peut commencer à accueillir ses six premiers élèves. Mais très vite, l’argent manque. Il lui faut trouver des subventions, ainsi que des collaborateurs honnêtes et dévoués sans parler d’autres locaux plus indépendants. Sur son chemin, les obstacles ne vont pas manquer…

Ma critique

« Mon chemin mène au Tibet » est un magnifique témoignage de courage et de dévouement. Le lecteur ne peut être qu’admiratif de voir cette jeune femme parvenir à dépasser son propre handicap (elle monte à cheval, est capable de prendre seule l’avion, etc.) pour venir en aide aux autres. Il découvrira également la triste condition des aveugles tibétains, les croyances obscurantistes répandues autour de ce handicap sans parler de toutes les difficultés qui lui sont faites aussi bien du côté allemand que du côté tibétain. Le style est vivant, fluide et agréable. Un ouvrage intéressant qui permet une plongée étonnante dans le monde assez peu connu des mal-voyants.

Ma note

4,5/5

BIOGRAPHIESTEMOIGNAGE

MADAME LA COMMISSAIRE (MIREILLE BALLESTRAZZI)

Le résumé du livre

En février 1976, Mireille Ballestrazzi, étudiante, se présente au concours d’admission à l’école nationale de police de Saint Cyr au Mont d’or. Deux années plus tard, elle devient une des premières femmes commissaire de police. Elle exercera dans divers lieux : Roubaix, Bordeaux, Creil, Argenteuil, Ajaccio comme directrice du SRJP. Elle s’illustrera dans différentes affaires, hold-up, démantèlement des divers réseaux de trafic de drogue et même récupération au Japon d’œuvres d’art dérobées en France.

Ma critique

« Madame la commissaire » est un témoignage sur le métier de policier en général et sur celui de commissaire féminin en particulier. Mireille Ballestrazzi ne cherche pas à décrire par le menu les enquêtes menées par ses services ni à apporter de révélations particulières sur telle ou telle affaire. Elle en reste en permanence aux allusions et un peu trop à la surface des choses. Elle dévoile fort peu de détails sur sa vie personnelle sinon qu’elle est d’origine eurasienne, mariée et mère de deux enfants. Au fil de ses diverses affectations, son mari a dû plus ou moins sacrifier sa propre carrière professionnelle et ses fils s’adapter à tous leurs changements d’école et de camarades. Même si elle déplore que des voyous qu’il lui a été si difficile d’arrêter sont très vite relâchés par la justice, elle refuse de jeter la pierre à cette dernière, arguant que les juges sont des fonctionnaires intègres et qu’ils doivent avoir de bonnes raisons dont elle n’a pas à juger. Ces prises de position toujours très « correctes » relativisent un peu l’intérêt de cet ouvrage.

Ma note

3/5

HISTORIQUETEMOIGNAGE

PIÉGÉS PAR STALINE (NICOLAS JALLOT)

Le résumé du livre

En juin 1946, le secrétaire général du Parti communiste d’Union soviétique, le camarade Staline, propose aux Russes exilés en France de rentrer au pays, de récupérer la jouissance de leurs droits civiques et de participer à la reconstruction du pays ravagé par la guerre. Pris par la nostalgie, trompés par une propagande efficace suite à la victoire sur le nazisme et convaincus de la sincérité de ce geste inattendu de réconciliation nationale, une grande partie de la diaspora russe blanche organisa son retour dans sa patrie originelle. Sur les 65 000 Russes d’origine que comptait la France des années 30, plus de 5000 (dont des femmes françaises et des enfants nés dans l’Hexagone) prirent la route du retour. Mal leur en prit. À leur arrivée, après un voyage dantesque, ils n’eurent droit qu’à la relégation dans des villages perdus de Sibérie, au démembrement des familles quand ce ne fut pas carrément à l’internement dans les camps de concentration du Goulag. Plus du tiers mourut dès les premiers mois de séjour (exécutions, suicides, déportations au-delà du cercle polaire, travaux forcés dans les mines, famines, relégations). Et ceci dans l’indifférence la plus complète.

Ma critique

« Piégés par Staline » est un ouvrage historique basé sur un certain nombre de témoignages de survivants qui dans leur immense majorité sont maintenant trop pauvres ou trop âgés pour pouvoir rentrer en France. Cet épisode des relations franco-soviétique, qui vit Charles de Gaulle abandonner ces pauvres hères à leur triste sort au nom de la politique, représente une pièce de plus à ajouter au procès du communisme soviétique lequel est toujours à faire. Très bien écrit et très bien documenté (il est basé sur une enquête de télévision menée sur place), ce livre passionnant à lire pour son importante charge d’humanité ne manquera pas d’intéresser les passionnés d’Histoire et les chercheurs de vérité.

Ma note

4,5/5