ROMAN

SÉROTONINE (MICHEL HOUELLEBECQ)

Le résumé du livre

Florent-Claude Labrouste, 46 ans, ingénieur agronome chargé des dossiers européens au ministère de l’Agriculture, est un être désenchanté et même dépressif qui ne croit pas en grand-chose, même pas en lui-même. Il ne survit que grâce à l’alcool et au Captorix 10 mg, tranquillisant qui a un effet négatif sur sa libido déjà en berne. Sa dernière compagne, Yuzu, froide beauté japonaise, l’a trompé en participant à des partouzes et même en pratiquant la zoophilie canine. Pour échapper à cette relation toxique, Florent prend la décision de disparaître sans laisser d’adresse. Il plaque tout et vivra d’hôtel en gîte à la ferme, tel un SDF de luxe, grâce à un bel héritage…

Ma critique

« Sérotonine », roman désabusé sur un quinqua en perte de vitesse, autofiction un peu sinistre (Florent-Claude étant à l’évidence un avatar de Michel Houellebecq), ne déroge pas aux thèmes habituellement traités par l’auteur. Sexe et dépression en sont les deux pôles principaux. Le héros en fin de course, devenu quasiment impuissant, passe son temps à ruminer sur ses « exploits » avec ses anciennes conquêtes : Kate, la danoise surdouée, Claire, la comédienne alcoolique toujours en quête d’un rôle, Marie-Hélène, bipolaire ou schizophrène au choix, Camille, jeune stagiaire à la DRAF ou Tam, blackette délurée… L’amour n’étant que sexuel, il ne dure que le temps de la passion, autant dire fort peu et finit en général assez mal. Pas mal de pages sur le blues, la déprime, le mal de vivre. Là, rien de nouveau dans le petit monde glauque de l’auteur. Seule originalité de cet opus : une intéressante description de la ruine programmée des petits agriculteurs au travers du personnage d’Aymeric. Une fois de plus, Houellebecq se révèle fin observateur d’une société en pleine décadence et déliquescence. Au total, un bon cru, mais pas le meilleur du maître !

Ma note

4/5

AVENTURESROMAN

LE DIAMANT NOIR (PETER MAYLE)

Le résumé du livre

Luciano Bennett, jeune ressortissant britannique implanté depuis quelques années en Provence, habite dans le petit village de Saint Martin-le-Vieux. Georgette, brave femme obsédée par la propreté, s’occupe de son ménage avec une grande conscience professionnelle. À court de perspectives dans l’immobilier, il envoie une petite annonce dans le Herald Tribune comme certains lancent une bouteille à la mer. Il se dit prêt à accepter « tout poste intéressant même si inhabituel, de préférence entre Aix et Avignon ». Un richissime homme d’affaire anglais, Julian Poe, le convie dans son immense propriété et lui propose l’étrange mission de le remplacer pendant quelques mois à Monaco, histoire de tromper le fisc français. Mais une histoire de mallette volée contenant des documents de valeur considérable dans le domaine de la culture de la truffe noire transforme cette incroyable sinécure en véritable cauchemar…

Ma critique

« Le diamant noir » se présente comme un roman d’aventures plus ou moins policières rempli de personnages truculents et plutôt improbables comme une brute napolitaine, un lord plutôt louche, un inquiétant mafieux corse proche des milieux indépendantistes, un moine rubicond, fondateur d’une confrérie bachique, une jeune femme issu des corps d’élite de Tsahal, un garde du corps japonais karatéka d’exception et quelques autres, pas piqués des hannetons. Lire ce livre revient à passer un excellent moment de détente. De nombreuses scènes sont agrémentés de petits traits d’humour british comme autant d’épices relevant une sauce aventureuse rondement menée. Jusqu’à présent, nous avions apprécié le talent de l’auteur pour ses charmants ouvrages sur la Provence (« Le bonheur en Provence », « Une année en Provence », « Provence toujours » et sur la bonne table (« Aventures dans la France gourmande »). Avec cet ouvrage très réussi, nous découvrons une autre facette de son talent, celle d’auteur de fictions picaresques à suspens.

Ma note

4/5

FANTASTIQUEROMAN

LE PROFESSEUR MORTIMER (PIERRE BOULLE)

Le résumé du livre

Sommité du milieu médical britannique, cancérologue de renommée internationale, Sir Richard Mortimer a décidé de quitter son service dans un des plus prestigieux hôpitaux de Londres pour aller s’installer à son compte sur une île perdue. Il y fait construire une clinique ultra-moderne, un laboratoire d’analyses muni des appareillages les plus performants et toutes sortes de bâtiments pour accueillir ses patients et les animaux qui lui servent de cobayes pour ses recherches. Apprenant cela, Miss Bridget, vieille fille passionnée par la défense des animaux, soupçonne le professeur de s’être ainsi retiré loin des regards pour mieux torturer souris, guenons, chiennes et même louves. Elle décide d’envoyer sur l’île sa secrétaire, Monique Sorel, comme cuisinière des Mortimer. Elle pourra ainsi s’introduire dans les services et espionner le professeur. Tout se complique quand Mortimer, très attaché à sa chienne Rosetta, découvre que celle-ci souffre d’un cancer de la mamelle.

Ma critique

« Le professeur Mortimer » est un roman relevant du registre étrange et fantastique. Dès le début, le lecteur se demande ce qui peut bien pousser un grand ponte à s’exiler ainsi sur une île soi-disant pour être plus libre de mener des recherches. Il sent bien qu’il doit y avoir anguille sous roche et il ne sera pas déçu de l’intrigue très psychologique faisant dériver le personnage principal aux confins de la maladie mentale. Le suspens monte progressivement jusqu’à atteindre un paroxysme surprenant et assez monstrueux. Un très bon livre de Pierre Boulle qui se révèle ici digne des plus grands de ce genre littéraire. On pense à Edgar Poe, à Stevenson ou même à Lovecraft. Le style est bon, un peu daté et descriptif peut-être, mais toujours agréable à lire de nos jours tant le drame est finement observé et distillé.

Ma note

4,5/5

AVENTUREROMAN

LA BALEINE DES MALOUINES (PIERRE BOULLE)

Le résumé du livre

En avril 1982, la flotte britannique fait route vers les îles Falkland qu’il s’agit de reprendre aux Argentins, quand un fax du duc d’Edimbourg arrive. Le prince, féru d’écologie, recommande de bien veiller à ne pas confondre l’écho radar d’un cétacé avec celui d’un sous-marin. Sur le destroyer « Daring », le lieutenant commander Clark se retrouve vite face au dilemme qu’il redoute : a-t-il affaire à un sous-marin ennemi ou à une baleine et même bientôt à deux. Il peut heureusement compter sur l’aide de Bjorg, ancien baleinier, qui lui évite de faire tirer sur un couple de paisibles baleines bleues. Mais quand le mâle se fait attaquer et dépecer par une centaine d’orques épaulards sous les yeux de l’armada, matelots et soldats supplient leur chef de donner l’ordre de faire sur les tueurs pour sauver la femelle. Faisant fi de toute déontologie militaire, Clark accède à cette demande, ce qui ne manquera pas d’entrainer toutes sortes de conséquences…

Ma critique

« La baleine des Malouines » se présente comme un roman d’aventures animalières tout à fait charmant et même dans la ligne de certains titres de Jack London. La malheureuse baleine bleue, vite baptisée « tante Margot » par tous les équipages, devient bientôt un personnage à part entière, dotée d’une intelligence remarquable et de sentiments incroyables. La Navy lui ayant sauvé la vie, elle va multiplier les marques de sa reconnaissance et, au fur et à mesure du développement de l’intrigue, faire preuve d’un courage exemplaire, réussir plusieurs actes de bravoure, le tout s’achevant en apothéose qu’il ne faut pas dévoiler pour ne pas gâcher le plaisir d’éventuels lecteurs. Une belle histoire pleine de bons et beaux sentiments, un hymne à l’intelligence animale ainsi qu’à la fidélité et au dévouement. Pas de science-fiction, pas d’anticipation ni de conte philosophique sarcastique, juste la belle histoire d’une charmante baleine hors norme.

Ma note

4/5

AVENTURESROMAN

LE BON LÉVIATHAN (PIERRE BOULLE)

Le résumé du livre

Un énorme supertanker à propulsion nucléaire baptisé le « Gargantua » est mis à l’eau à Saint-Nazaire dans une ambiance morose pour ne pas dire hostile. Travaillée par les revendications des écologistes, l’opinion publique craint pour les risques liés à son énergie : rejets de déchets, crainte d’irradiation, sans oublier les risques de pollution par marée noire ou dégazage. Le premier voyage vers le Moyen-Orient se déroule partout dans cet environnement de défiance alors que les réacteurs nucléaires ne sont même pas opérationnels. Pour éloigner une flottille de rafiots affrétée par les opposants dirigés par « la boiteuse », meneuse la plus acharnée, le « Gargantua » surnommé le « Léviathan » se sert de ses canons à eau. Et là, un miracle se produit. Copieusement douchée, l’handicapée se remet soudain à marcher sans béquille. Cet événement extraordinaire va complètement retourner l’opinion publique…

Ma critique

« Le bon Léviathan » est un simple roman d’aventures sur fond écologique. Il aurait pu être écrit de nos jours sans avoir à u changer grand-chose. Pierre Boulle y pose le problème de l’acceptation des risques du nucléaire par des esprits travaillés par la crainte d’un danger nouveau et totalement inconnu. L’intrigue finit par se retourner de façon totalement inattendue. Tous les défauts du Léviathan se transforment en qualités comme par magie. Autant on l’avait détesté et craint autant on finit par l’aimer voire par l’idolâtrer ! Dans cette histoire paradoxale, l’auteur peut se permettre d’exercer tout son talent de conteur et tout son humour sarcastique ou ironique. Le vulgum pecus toujours à la recherche de merveilleux et d’irrationnel tout comme l’écologiste fanatique se complaisant dans le catastrophisme en prennent pour leur grade pour le plus grand plaisir du lecteur. Ceci dit, « Le bon Léviathan » nous a semblé un bon titre, mais de loin pas le meilleur du maître !

Ma note

4/5

ROMANSCIENCE-FICTION

LES JEUX DE L’ESPRIT (PIERRE BOULLE)

Le résumé du livre

Dans un futur relativement proche, les scientifiques les plus renommés, pour la plupart Prix Nobel comme Alex Keene ou O’Kearne, s’organisent pour obtenir des politiciens en place que ceux-ci acceptent de laisser la place à un gouvernement mondial uniquement dirigé par de jeunes savants. Le physicien Fawell, futur président du monde, est ainsi recruté suite à une longue série d’épreuves et de tests de très haut niveau. Il s’adjoint les services du Français Yranne et de Betty Han, psychologue d’origine chinoise. Le but de l’opération est d’en finir avec la guerre et avec la famine. Il suffirait pour cela d’éradiquer les nations et toute forme de patriotisme. Ce qui est obtenu avec un certain succès. Les richesses sont mieux répartis et comme on ne perd ni temps ni argent dans des préparatifs militaires, plus de pénuries ni de famine. Les heureux humains ne doivent plus travailler que deux heures par jour. Serait-on arrivé à faire descendre le paradis sur terre ?

Ma critique

« Les jeux de l’esprit » se présentent comme un roman en forme de conte philosophique. Publié en 1971, cet ouvrage semble l’œuvre d’un auteur ayant tellement d’avance sur son époque qu’il pourrait être écrit de nos jours et encore répondre à nombre de nos interrogations. À quoi bon tous ces changements ? Les hommes, libérés de toutes leurs chaînes s’ennuient lamentablement et sombrent dans une mélancolie incapacitante. Les suicides se multiplient de façon exponentielle. Les dirigeants n’ont d’autre issue que d’inventer sans cesse de nouveaux jeux de plus en plus violents et de plus en plus cruels. Rien de bien neuf depuis le « panem et circenses » (du pain et des jeux) des Romains ! Et quand le lecteur découvre qu’il faut en arriver à de véritables jeux de guerre pour enrayer le fléau, la boucle est bouclée et la démonstration par l’absurde évidente. Un régal pour les esprits intelligents. À conseiller aux utopistes béats et à tous les partisans de la mondialisation « heureuse »…

Ma note

4,5/5

HISTORIQUEROMANTERROIR

L’OUTARDE ET LA PALOMBE / TOME 2 (LOUIS CARON)

Le résumé du livre

1942-1943 : les évènements se précipitent. Dans le Gers, au Guibourg, les choses se précisent. Henri Ramier avoue à Mathilde, sa compagne canadienne, qu’il œuvre en secret pour la Résistance. Le pharmacien du village, lui, a pris parti pour la collaboration. Il tente de faire tomber dans un piège Mathilde qui se dévoue toujours pour les enfants juifs qu’il lui faut sans cesse cacher, d’abord dans un château puis dans diverses fermes avant de tenter le passage en Espagne. Mathilde frôle la catastrophe. Par contre, le cordonnier qui servait de boîte aux lettres au réseau d’Henri n’aura pas sa chance. Il sera torturé, martyrisé et assassiné par un groupe d’individus que tout le monde soupçonne de faire partie de la Milice. Comment les deux amants que tout sépare (l’âge, Henri en a le double de Mathilde et les origines, la Québécoise est de plus en plus révoltée par l’attitude de certains Français) vont-ils pouvoir tirer leur épingle de ce jeu terrible ?

Ma critique

« L’outarde et la palombe / Tome 2 », roman historique et de terroir, bascule dans ce deuxième tome dans un registre beaucoup plus dramatique. L’étau se resserre autour de nos deux héros. Ils manquent plusieurs fois de tomber dans des pièges mortels. L’intrigue prend plus de rythme, un lourd suspens s’installe. L’ambiance délétère des années d’occupation est parfaitement rendue. « C’était une période où les Français ne s’aimaient pas » (dixit un ancien président de la République), où les passions étaient exacerbées, ce que peine à comprendre l’héroïne qui ne raisonne pas comme eux. Livre toujours aussi agréable à lire. Celui-ci se dévore en un rien de temps tellement le lecteur souhaite savoir ce qui va arriver à ce couple atypique. À noter également de jolies descriptions de sites remarquables du Gers comme Auch ou Larressingle. Louis Caron, auteur canadien, a su rendre un bel hommage à ce terroir magnifique.

Ma note

4,5/5

HISTORIQUEROMANTERROIR

L’OUTARDE ET LA PALOMBE / TOME 1 (LOUIS CARON)

Le résumé du livre

En septembre 1939, Henri Ramier, après un séjour au Canada pendant lequel il a fait la connaissance et est tombé amoureux de la belle Mathilde Bélanger, jeune Québécoise nettement plus jeune que lui, décide de rentrer en France en sa compagnie. Tous deux s’installent dans la ferme que possède sa famille dans le Gers, au Guibourg. La défaite de 1940, l’armistice, puis l’invasion de la zone libre précipitent les évènements. Irène, la fille d’Henri réapparait. Elle est communiste et s’engage très vite dans un maquis de même coloration politique. Mathilde ne comprend pas qu’Henri ne semble s’intéresser qu’à sa peinture et ne songe pas, lui aussi, à entrer dans la Résistance. Mais les apparences peuvent être trompeuses…

Ma critique

« L’outarde et la palombe » est un roman à la fois historique et de terroir qui traite des heures les plus sombres de notre histoire. L’occupation est particulièrement bien décrite avec la vie difficile des Français de l’époque, l’exode, les persécutions des Juifs, les tickets de rationnement et la difficile mise en place de réseaux de Résistance. Les personnages sont attachants car tous bien pétris d’humanité. Au village, tout le monde n’accueille pas l’étrangère à bras ouvert, loin de là. L’intrigue est intéressante et bien menée. Le style est vif, agréable et dynamique. L’ensemble est aussi agréable qu’intéressant. Le lecteur a hâte de prendre connaissance du second tome de cette histoire.

Ma note

4/5

ROMAN

CALVAIRE DES CHIENS (FRANÇOIS BON)

Le résumé du livre

À B. (Berlin ?) dans une Allemagne coupée en deux par le rideau de fer, Jacques Barbin, scénariste et son ami Andréas, metteur en scène, ont en vue un projet de film avec dans le rôle principal une célèbre actrice blonde venue de l’Est dont la participation devrait contribuer à son succès. Ils partent faire des repérages dans un village abandonné des Cévennes. Ils y rencontrent un homme qui y a autrefois implanté un refuge un peu particulier pour chiens abandonnés. Le lieu obtint un tel succès que l’homme ne sachant plus que faire de tous les animaux qu’on lui apportait commença à en trucider quelques-uns et à les donner en pâture aux autres. Et quand il abandonna les lieux, tous les chiens restants s’organisèrent en meute et commencèrent à attaquer les troupeaux de moutons et même quelques touristes égarés…

Ma critique

« Calvaire des chiens » se présente comme un roman difficilement classable. Ni thriller, ni roman noir, ni roman social, mais quelque chose un peu entre tout ça et encore. Même chose pour l’intrigue : pas vraiment d’histoire construite et qui se tienne, mais plutôt une suite de descriptions verbeuses, disparates, sans suite, sans logique et sans chronologie. Difficile de se retrouver dans ce fatras littéraire. Et guère de plaisir de lecture non plus en raison d’un style filandreux, de phrases à rallonge, agglutinantes et (volontairement ?) mal construites. Dans le style particulier de François Bon, le lecteur averti sentira fortement les désagréables relents du soi-disant « nouveau roman », genre narratif qui a fort mal vieilli et n’a été à la mode qu’un temps relativement court. N’est pas Robbe-Grillet qui veut…

Ma note

2/5

HUMOURROMAN

MADE IN FRANCE (PIERRE DANINOS)

Le résumé du livre

Philippe est un célibataire d’une trentaine d’années, employé dans une société spécialisée dans le marketing. Il doit se creuser la tête pour trouver des idées, des slogans, des formules-choc pour promouvoir d’autres entreprises. Son patron, M. de Witt-Piquet, toujours entre deux avions, sait parfaitement se faire plaindre de la galerie. Il y a plus de vingt ans qu’il n’a pas pris de vacances et c’est peu de chose de dire que quand il a payé ses impôts, il ne lui reste que les yeux pour pleurer. Philippe habite un immeuble bourgeois intitulé « Le margrave » dans un endroit qui n’a plus pour unique noblesse, que celle de quartier. Il fréquente Turid, jeune étudiante norvégienne, call-girl ou cover-girl sur son temps libre, qui n’a de cesse d’être étonnée des étranges mœurs des Français. Ceux-ci passent leur temps à se plaindre, à ne voir que les mauvais côtés des choses alors qu’elle trouve que la France est le plus joli et le plus agréable pays du monde.

Ma critique

« Made in France » est un roman charmant, magnifiquement écrit, plein d’humour et de malice. Le regretté Pierre Daninos n’a pas son pareil pour épingler gentiment tous les travers d’une époque un peu folle, celle des années 70. Il relève les ridicules et les étrangetés dans lesquels chacun se complait. Ainsi passe-t-on presque plus de temps au bureau à se raconter les vacances qu’à être vraiment en villégiature. Ainsi préfère-t-on un tas d’anglicismes approximatifs à de bons mots bien français souvent plus précis. Ainsi utilise-t-on un langage alambiqué, redondant souvent proche du barbarisme pour énoncer des choses tout à fait basiques. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Un humour tonique et subtil qui a quelque chose de l’humour anglais dans la légèreté et le détachement. Une lucidité étonnante, un regard aigu et bienveillant ainsi que nombre de trouvailles stylistiques font de cet ouvrage, qui n’a pas pris une ride, un régal de finesse, de cocasserie et d’intelligence.

Ma note

4,5/5

HISTORIQUEROMAN

LA ROUTE DE GLACE (YVES VIOLLIER)

La résumé du livre

De retour en Vendée, Pierre Métayer, désespéré d’avoir laissé seule Maïa en URSS, prend la place de son ami José qui devait partir combattre en Espagne dans les rangs des Républicains. Blessé à la hanche lors d’un bombardement, il est rapatrié en France et récupéré par Hélène, l’amie fidèle, qu’il finit par épouser et dont il aura un fils, Michel. La guerre venue, il se retrouve pris dans le STO et embarqué en Allemagne. Il y travaille comme mécano sur un vaisseau qui sera envoyé par le fond. Rescapé des terribles bombardements au phosphore sur la ville de Hambourg, il profite de la pagaille pour rentrer en France où il gagne les rangs de la Résistance en s’illustrant dans la forêt de Mervent. La guerre terminée, il peut retourner en URSS à titre de héros de la guerre et de la Résistance. Il retrouve Maïa dans un petit village sibérien. Ayant été blessée à un pied, elle ne peut plus exercer son art de danseuse et est devenue maîtresse de ballet. Elle aime encore Pierre et voudrait toujours échapper à l’enfer soviétique. Mais le pourra-t-elle un jour ?

Ma critique

Second tome, suite et fin de « La Flèche rouge », « La route de glace » est un beau roman historique et de terroir. Il couronne la saga de Pierre et de Maïa de fort belle manière. Les évènements se précipitent avec la guerre d’Espagne, la seconde guerre mondiale (la description des bombardements de l’Allemagne agonisante, un des grands moments de ce récit quasi épique ne peut que remplir d’horreur le lecteur). Cette histoire d’amour impossible prend une ampleur magnifique quand on voit tout ce que les deux amants doivent traverser pour arriver à se retrouver. Les personnages sont si attachants et cette histoire si prenante qu’il est difficile voire impossible de lâcher le livre avant de savoir comment tout ça va finir. Pour ne pas gâcher le plaisir d’éventuels lectrices ou lecteurs, nous ne dévoilerons pas la fin particulièrement réussie. Surprenante, dramatique et grandiose. Une complète réussite. Du très grand Viollier !

Ma note

4,5/5

HISTORIQUEROMAN

LA FLÈCHE ROUGE (YVES VIOLLIER)

Le résumé du livre

En 1937, Pierre Métayer, jeune mineur vendéen membre du parti communiste est sélectionné pour participer à un voyage en URSS, en compagnie d’autres jeunes mineurs, ouvriers ou employés agricoles, tous enthousiastes à l’idée de découvrir le merveilleux « paradis » communiste du petit père Joseph Staline. Après un long périple en chemin de fer, ils visitent Léningrad et doivent reprendre un train soviétique, « La Flèche rouge », qui se retrouve bloqué par une tempête de neige pendant cinq jours au milieu de nulle part. Pierre y fait la connaissance de Maïa, seize ans, danseuse du Kirov qui doit se produire avec sa troupe sur la scène du Bolchoï. Les deux jeunes tombent éperdument amoureux l’un de l’autre. Maïa rêve de fuir un régime dictatorial qui a déjà broyé sa famille. Pierre voudrait pouvoir s’installer un jour dans ce nouvel eldorado. Le contexte le permettra-t-il ?

Ma critique

« La Flèche rouge » est à la fois un roman historique et un roman de terroir. Le lecteur y découvrira à la fois la réalité de la vie des mineurs sur un territoire pas particulièrement célèbre pour ses terrils et ses corons ainsi que le choc de la réalité quand Pierre découvre la véritable vie des Soviétiques à mille lieues de ce qu’il imaginait avant de partir : présence policière permanente, pauvreté omniprésente, délation, espionnage et répression aussi sauvage qu’injuste. Les parents de Maïa ont été déportés au goulag puis exécutés comme « ennemis de classe » simplement parce que le père, professeur, apitoyé par le sort cruel des paysans mourant de faim, avait voulu les secourir. Livre très agréable à lire, Viollier est un des meilleurs dans ce genre de littérature. Une histoire romantique et émouvante à souhait mais qui pêche par une fin un brin décevante. Jamais de « happy end » avec Staline…

Ma note

4/5

ROMAN

SOUS LA VILLE ROUGE (RENÉ FREGNI)

Le résumé du livre

Un été à Marseille. Le soleil brille. Il fait chaud dans la cité phocéenne. Un tueur en série accumule les assassinats, répandant la terreur dans la ville… Un écrivain, Charlie Hasard vit en solitaire dans un modeste appartement rue Barthélemy, ne voyant quasiment personne. Il se veut écrivain mais n’arrive pas à faire publier ses textes. Tous reviennent par la poste avec la fameuse formule « ne cadre pas avec la ligne éditoriale de nos collections ». Pour se défouler, il fréquente une salle de boxe où il évacue sa rage en frappant sur des sacs de son. Sa vie bascule quand enfin un éditeur daigne s’intéresser à ce qu’il écrit…

Ma critique

« Sous la ville rouge » est un court roman avec un double sujet : la condition de l’écrivain en herbe, ses difficultés pour ne pas dire son impossibilité à entrer dans le cercle des élus et en parallèle la ville de Marseille, ses quartiers populaires ou non, sa population bigarrée. Si le style de l’auteur est de très belle qualité, son inspiration est nettement moins originale. Cette histoire de « wannabee » n’arrivant pas à se faire éditer, se faisant humilier et pétant un câble a été traitée bien des fois et parfois de meilleure manière. L’intrigue manque un peu d’épaisseur et de tenue. On se demande par exemple ce que le tueur en série vient faire dans l’histoire de Charlie. Quant à la fin ouverte, elle est plutôt décevante. Au total, un ouvrage qui ne tient que par son style et par quelques descriptions ou observations. C’est un peu léger… Mais, consolation, l’auteur s’est contenté de 124 pages qui se lisent très vite. Qu’il en soit remercié !

Ma note

2,5/5

POLICIERROMAN

ÉTRANGE CADAVRE EN PAYS COUTANÇAIS (MICHEL HEBERT)

Le résumé du livre

Un lundi matin, jour de grand calme en province, un cadavre est découvert par un passant sur le parvis de la cathédrale de Coutances. Il s’agit de celui d’un plombier bien connu dans le coin et de très bonne réputation. Personne n’a rien remarqué alors que l’homme a pris plusieurs balles dans la tête. De plus, sa position semble indiquer qu’il sortait du lieu de culte alors que celui-ci était fermé. Autant dire une enquête qui s’annonce fort compliquée pour l’inspecteur Vebert de la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières…

Ma critique

« Étrange cadavre en pays coutançais » se présente comme un roman policier de facture et de structure tout à fait classique. Le lecteur suit pas à pas une piste qui mène le héros sur la trace d’un terrible gang de trafiquants d’œuvre d’art helvète (original !). Dès le début, il se demande ce que vient faire ce gabelou de haut vol dans cette histoire de meurtre de plombier. L’auteur résout cette difficulté par une pirouette en provenance de la haute administration. Ce démarrage un peu laborieux mis à part, la narration est agréable, bien rythmée, vivante, (beaucoup de dialogues) et la fin bien construite avec un faux coupable (obligatoire dans ce registre) et une poursuite en apothéose. Le style de l’auteur est honnête sans plus (à noter quelques coquilles et lourdeurs). Il ne lui manque qu’une chose : un peu plus d’humour lequel permettrait de rendre encore plus agréable la lecture de ce gentil ouvrage de divertissement. Un seul trait au dernier paragraphe : « La montre, à elle seule, paierait les frais dus à l’Etat, ce grand gourmand qui n’était jamais rassasié ! », c’est maigre !

Ma note

3/5

ROMAN

BUBU-DE-MONTPARNASSE (CHARLES-LOUIS PHILIPPE)

Le résumé du livre

Pierre Hardy, 20 ans, à Paris depuis six moins, est un modeste employé de bureau. Il n’a qu’un seul ami, Louis Buisson, 25 ans, dessinateur et collègue de travail. Un soir de 15 juillet, alors que Pierre se promène sur le boulevard Sébastopol, il rencontre Berthe Méténier, jeune femme au physique agréable et au maintien modeste. Il l’invite à boire un verre, discute longuement avec elle et obtient ses faveurs contre la modeste somme de cent sous. Berthe est une fille publique qu’un certain Maurice Bélu, dit Bubu-de-Montparnasse, ancien ébéniste au chômage, a mis sur le trottoir après l’avoir déflorée…

Ma critique

« Bubu-de-Montparnasse » est un roman social publié en 1901 par Charles-Louis Philippe auteur un peu oublié de nos jours, issu d’un milieu des plus modestes et donc très proche des petites gens. À son époque, il obtint un grand succès avec ce livre qui a très bien vieilli. En effet, il pose l’éternel problème de la prostitution, de la misère sexuelle (Berthe attrape la syphilis), et de la quasi-impossibilité pour la femme de s’affranchir de la tyrannie d’un souteneur violent et paresseux. Thème éternel, la prostitution étant le plus vieux métier du monde surtout quand elle est exercée pour tenter d’échapper à la misère. Il y a du Zola pour le côté naturaliste et du Maupassant pour le côté désenchanté et sans espoir de Philippe. Si on y ajoute une belle écriture simple, agréable et aisée à lire, nul doute que cet ouvrage, sans être un immense chef-d’œuvre, peut se classer parmi les romans importants du début de l’autre siècle.

Ma note

3,5/5

HUMOURROMAN

ALLO, MAJOR TOM ? (DAVID. M. BARNETT)

Le résumé du livre

Le jour de la mort de David Bowie, Thomas Major, un quarantenaire britannique totalement inconnu, s’apprête à être le premier homme à partir vers Mars en solitaire. Il devra y préparer la colonisation future de la planète rouge à lui tout seul. Simple technicien chimiste, Thomas s’est juste trouvé là au bon moment pour remplacer au pied levé le cosmonaute prévu pour cette difficile mission. Loser bougon et misanthrope, il n’a pas le profil idéal pour réussir vu qu’il a quasiment tout raté dans sa vie. Il est juste heureux de prendre ses distances avec une humanité qu’il n’apprécie guère. Mais tout va changer quand une erreur de numéro de téléphone lui fera croiser la route d’une vieille dame un peu dérangée et de deux petits-enfants de milieu modeste…

Ma critique

« Allo, Major Tom » est plus un roman social et sentimental qu’un véritable roman de science-fiction. Le voyage interplanétaire n’est qu’un prétexte pour dérouler une histoire non chronologique, distillée à petites touches et amenant le lecteur à la conclusion que même l’humain le plus solitaire a un jour ou l’autre besoin des autres. « Comédie irrésistible et totalement décalée » clame la quatrième de couverture. C’est beaucoup dire et trop promettre tout comme le célèbre « humour anglais » également annoncé. Il est assez peu présent et plutôt par la loufoquerie, l’invraisemblance et le cocasse des péripéties que par la drôlerie ou l’ironie auxquelles le lecteur pourrait s’attendre. Au total, un ouvrage sympathique, gentillet, plein de bons sentiments et plutôt agréable à lire.

Ma note

3/5

ROMAN

LE TESTAMENT D’ALLAN BERG (PATRICK MEADOWS)

Le résumé du livre

Allan Berg, professeur d’histoire dans une université américaine, mène une vie tout ce qu’il y a d’ordinaire. Il est amoureux d’Anna et son meilleur ami n’est autre que le frère de cette dernière. Tout son petit univers bascule le jour où un inconnu vêtu de gris et portant un col de clergyman l’interpelle à la fin d’un cours pour lui confier un livre intitulé « 1944 Onward II ». Il lui semble être un ouvrage de prospective historique très différent de la réalité politique de l’Amérique telle qu’il la connaît, c’est-à-dire en proie à un totalitarisme radical depuis ses accords de collaboration avec l’URSS. À peine a-t-il pris connaissance de quelques pages du livre que les ennuis commencent pour lui. Des agents du FBI font irruption dans sa vie et commencent à l’importuner. Ils veulent à tout prix récupérer l’ouvrage…

Ma critique

« Le testament d’Allan Berg » est un livre difficile à placer dans une catégorie bien définie. Ce n’est pas vraiment un livre d’anticipation ni de science-fiction. Il se situerait plutôt aux confins de l’uchronie ou de la dystopie et à ceux de l’onirique, du fantastique et surtout de la fable ou du conte philosophique. Il pose le problème du totalitarisme, de la pensée conforme et des moyens de coercition de masse et de manipulation des opinions publiques. Les mouvements clandestins de résistance sont systématiquement assimilés à des entreprises de terrorisme. Seule une infime minorité résiste alors qu’une écrasante majorité collabore. Le héros, citoyen très ordinaire, se retrouvant pris dans un engrenage aussi inattendu que dangereux, est attachant car bien pétri d’humanité avec ses faiblesses et ses hésitations. Très inspiré du monde d’Orwell (1984), ce livre bien écrit et fort intéressant se lit avec un réel plaisir. La fin onirique et poétique en surprendra plus d’uns !

Ma note

4/5

ROMAN

CONFESSION D’UN PORTE-DRAPEAU DÉCHU (ANDREÏ MAKINE)

Le résumé du livre

Dans une banlieue défavorisée de Leningrad, deux jeunes garçons, Kim et Arkadi, vivent une enfance et une adolescence de pionniers, pleine de rêves et d’illusions socialistes. Piotr et Iacha, leurs pères, sont d’anciens combattants de la seconde guerre mondiale. Piotr, ancien tireur d’élite de l’armée rouge a eu les deux jambes sectionnées, suite à un bombardement venu de son propre camp. N’ayant été doté ni de fauteuil roulant ni d’appareillage, il n’a que les épaules de son ami Iacha pour se déplacer. Malgré un dénuement certain, la vie reste insouciante, solidaire et communautaire dans ce petit monde un peu à part de la ville entre les parties de dominos des hommes, les bavardages des femmes et les parades guerrières des jeunes pionniers. Jusqu’au jour où Kim, devenu militaire doit partir risquer sa vie en Afghanistan…

Ma critique

« Confession d’un porte-drapeau déchu » est un roman autobiographique sur une jeunesse pauvre mais heureuse vivant en Union soviétique sur une période allant de Staline à Gorbatchev en passant par Kroutchev et Brejnev. D’une guerre l’autre, deux générations sacrifiées. Quelques épisodes comme celui des gamins déterrants des dépouilles de soldats allemands pour les écrabouiller sauvagement sont assez pénibles à lire. L’ambiance dans ce petit quartier un peu à l’écart est fort bien rendue. Mais la fin ouverte et se voulant poétique laisse une impression assez bizarre. Pas un mot sur les méfaits du communisme. Une sorte d’indulgence un brin suspecte. Oeuvre de jeunesse ? Texte ayant obtenu l’imprimatur du conseil des écrivains bolcheviques ? Le lecteur ne peut pas savoir. En conclusion, pas le meilleur des ouvrages de Makine qui nous a habitué à beaucoup mieux comme dans « Le testament français » par exemple.

Ma note

2,5/5

ROMAN

K.O. (HECTOR MATHIS)

Le résumé du livre

Quelque part à Paris, Sitam, ancien barman, traine sa déprime et son ennui en compagnie de sa bonne amie Capu et de ses compagnons de galère Benji et Archibald. Apprenti écrivain, il peine à essayer de terminer son premier roman jusqu’au jour où Benji se fait surprendre par sa patronne alors qu’il tente de voler la caisse du bar où il travaille. Elle lui tire une balle dans le buffet. Témoins de la scène, Sitam et Capu s’enfuient en laissant leur copain pour mort puis disparaissent discrètement en Hollande pour se faire oublier. Sitam trouve du travail dans une imprimerie où il rencontre un autre Français, Lariol, grand spécialiste de charades, contrepèteries et autres jeux de mots. Il semblerait que cet original ait ses entrées chez un éditeur susceptible de s’intéresser au bouquin de Sitam. Mais la santé de ce dernier se dégrade très rapidement…

Ma critique

« K.O. » n’est ni un thriller, ni un roman policier, ni un roman noir (ou alors gris tout au plus). C’est plutôt une sorte de long monologue, une auto-analyse un tantinet thérapeutique et complaisante. L’auteur, Mathis, semble s’être beaucoup impliqué dans son avatar, Sitam (Mathis en verlan). Il s’épanche longuement sur son triste sort, pleurniche sur sa vie d’écrivain maudit et geint sur ses ennuis de santé. Les personnages secondaires manquent nettement de consistance. Ils sont insuffisamment décrits. On peine un peu à se les représenter. L’intrigue aurait pu être nettement plus travaillée. En dehors de la fusillade dans le bar, il ne se passe pas grand-chose. Le lecteur a même parfois une impression d’artificialité voire d’irréalité. Des attentats se produisent un peu partout en France et en Europe, mais on se sait pas qui fait quoi, comment ça se passe, au nom de quelle idéologie ces évènements inquiétants se produisent ou par quelles voies on va en arriver à la guerre civile. Seule information : les rues sont pleines de policiers et de militaires qui pratiquent des contrôles d’identité incessants. Est-ce dans cette forme d’indifférence, voire d’autisme que le lecteur doit trouver le côté poétique et musical vanté en quatrième de couverture ? Un premier roman qui ne vaut que par un style très célinien, tout en éructations, invectives et lamentations…

Ma note

3/5

ROMAN

HARLOT ET SON FANTÔME (NORMAN MAILER)

Le résumé du livre

À Mount Desert (Maine, Etats-Unis), Hugh Tremont Montague, nom de code « Harlot », membre important de la CIA, mais plutôt en fin de carrière, a divorcé de Kitteredge qui l’a trompée avec son collègue Harry Hubbard, fils de Cal, autre agent de la CIA. Après une longue attente, Harry et Kitteredge ont fini par se marier. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, Harlot s’est retrouvé sur un fauteuil roulant suite à un très grave accident de voiture. Harry de son côté, en est réduit à produire textes, articles de journaux et romans d’espionnage jusqu’au jour où Harlot lui propose de travailler avec lui sur une mission secrète. Mais un jour, on retrouve le corps d’Harlot au fond d’un lac, le crâne explosé. Tout se complique… Quelques années auparavant, Harry avait commencé sa carrière à Berlin, puis à Bogota et l’avait poursuivie à Miami et à Paris…

Ma critique

« Harlot et son fantôme » se présente comme un très gros et très lourd roman d’espionnage de 1044 pages grand format, petits caractères, soit l’équivalent du double dans une présentation classique. Un défi de lecture. Un vrai marathon obligeant à y rester une dizaine de jours minimum ! Mais est-ce que le jeu en vaut la chandelle ? Rien n’est moins sûr ! Peu d’action, guère de suspens, aucune progression dramatique. On est très loin des maîtres du genre comme John Le Carré ! Mailer se rattrape-t-il par l’enquête d’investigation (il se targue d’une énorme recherche. Une bibliographie de quatre pages en atteste) ? Pas vraiment. Le lecteur n’apprendra pas grand-chose d’inédit sur les méthodes de la CIA, l’arrivée au pouvoir de J.F. Kennedy et son assassinat, la mort de Marilyn Monroe, l’affaire de la Baie des Cochons à Cuba, les tentatives ratées d’assassinat de Castro. Avec Tom Wolfe entre autres, on fait beaucoup mieux dans le genre. Et comme de nombreuses pages sont consacrées à des séquences « hot », on ne peut s’empêcher de penser que Mailer n’y fait que du sous-Miller ! Reste le style, l’écriture que certains critiques ont jugée « alerte, inspirée, géniale ». Sans doute n’ai-je pas été touché par la même grâce. Cette narration qui ne mène à rien m’a semblé laborieuse, pesante, pleine de détours et de digressions. Presque ennuyeuse. Le tout pour raconter quelques années d’un certain nombre de ronds de cuir, relativement nuls, sorte de pieds nickelés ou de bras cassés qui ratent à peu près tout ce qu’ils entreprennent. Au total, un pensum sans grand intérêt… (Mais ceci n’est que mon avis personnel bien entendu.)

Ma note

2,5/5

HISTORIQUEROMAN

CALIFORNIA SAGA (JOHN JAKES)

Le résumé du livre

En 1886, le jeune James Macklin Chance, 17 ans, part de Pennsylvanie pour fuir la misère et ne pas finir mineur comme son père. Il rêve de faire fortune en Californie alors que la ruée vers l’or est achevée depuis un certain temps. Après une longue marche en direction de l’Ouest des Etats-Unis, il finit par atteindre la côte Pacifique à Oakland. Il tente de profiter du ferry de San Francisco sans prendre de billet. Sans ménagement, il est jeté à la mer par les contrôleurs alors qu’il ne sait pas nager. Heureusement pour lui, il est vite repêché par un brave pêcheur chinois qui deviendra son premier ami californien. Et ce n’est que le début d’une longue suite de tribulations dans cet eldorado où ne se trouvent que deux sortes d’individus, ceux qui prennent et ceux à qui l’on prend…

Ma critique

« California Saga » se présente comme un énorme roman historique de 662 pages, ce qui, au premier abord, pourrait sembler assez indigeste. Mais il n’en est rien tant les aventures, péripéties et rebondissements sont nombreux. Toute l’intrigue repose sur 35 années de la vie d’un jeune homme pauvre mais non dépourvu d’ambition. Le lecteur le suit pas à pas dans son ascension sociale, laquelle est longue et pénible vu le nombre de catastrophes et d’embûches qu’il doit traverser. Si les épisodes amoureux laissent assez indifférent et peuvent même lasser vu qu’il passe son temps à osciller tout au long de cette histoire entre trois partenaires, le contexte historique (fin de la ruée vers l’or, boom immobilier, découverte de l’or noir, cataclysmes, apparition du cinéma, de l’automobile et de l’aviation) sont beaucoup plus intéressantes car fort instructives. Entre mille autres choses, le lecteur y découvrira que le problème de l’immigration mexicaine ne date pas d’aujourd’hui ni d’hier. On sera plus réservé sur l’apparition ici ou là de personnages réels comme W.R Hearst, Charlie Chaplin, Jack London, James Corbett, John Muir ou Ambrose Bierce car aucun n’apparait comme crédible. Au total, malgré tout, une belle réussite, si l’on passe sur le côté manichéen de la présentation (des bons très bons, voire excellents et même christiques comme le prêtre défroqué et des méchants très très méchants, monstrueux, intolérants, racistes) et sur une fin décevante, car en happy end très (trop) américain.

Ma note

3/5

ROMAN

OXYGÈNE (ANDREW MILLER)

Le résumé du livre

Enseignante anglaise en retraite, Alice souffre d’un cancer assez avancé. Elle a déjà dû subir une lourde chimiothérapie. Elle y a perdu ses cheveux, mais ils ont fini par repousser complètement blancs. Son fils Alec lui rend visite, s’occupe de la maison, du jardin. Son autre fils, Larry, acteur de série B intermittent et ancien joueur de tennis classé, ne va pas tarder à prendre l’avion avec sa fille depuis la Californie pour le rejoindre. Arrivé de Hongrie suite aux dramatiques évènements de Budapest, Laszlo est un auteur dramatique qui commence à rencontrer un certain succès. Sa dernière pièce, intitulée « Oxygène » relate un accident dans une mine quelque part en Europe de l’Est. Un jour, il fait une étrange rencontre et se retrouve chargé d’une mission tout à fait particulière.

Ma critique

« Oxygène » est un roman intimiste qui fait la part belle à la psychologie de toute une galerie de personnages. Le style d’Andrew Miller est quasi pointilliste. L’auteur s’attache aux mille détails de la vie quotidienne et parvient à donner de l’intérêt à une banalité qui devrait ne pas faire rêver, mais qui finit par intéresser quand même. Les développements sur la triste réalité du cancer en phase terminale tout comme le récit de la normalisation de Budapest par l’armée rouge en 1956 sont particulièrement émouvants voire instructifs. Les personnages sont des messieurs ou mesdames tout le monde, de parfaits anti héros. Sans doute est-ce la raison pour laquelle ils nous semblent si proches et finalement bien attachants en dépit de leur médiocrité. Un seul regret : rien ne parvient à un achèvement. Tout reste ouvert. Au lecteur de se substituer à l’auteur volontairement défaillant…

Ma note

3/5

AVENTURESROMAN

JEAN VILLEMEUR (ROGER VERCEL)

Le résumé du livre

Seul maître à bord après Dieu, Jean Villemeur, capitaine très respecté du Vulcain, robuste chalutier au long cours, emmène son épouse Hélène et son fils Jean jusqu’à Boulogne, port de départ de sa nouvelle campagne de pêche prévue pour durer quatre longs mois. Sa femme doit y retourner à terre. Il espère que son fils en fera autant, car il ne souhaite pas qu’il prenne sa suite dans ce métier de marin pêcheur ingrat et difficile. Mais le jeune s’obstine et impose sa présence à bord. L’ennui c’est que le métier ne rentre pas. Il souffre atrocement du mal de mer et n’arrive pas à trouver le moindre intérêt pour la pêche au chalut. Arrivés en vue de l’Islande, il leur faut y faire escale pour permettre à un matelot de se faire soigner les dents. Villemeur voudrait en profiter pour y laisser son fils qui pourrait ainsi rentrer en France au plus vite. Mais celui-ci refuse à nouveau…

Ma critique

« Jean Villemeur » est un roman maritime datant de 1950. Malgré l’outrage des ans et un style précis mais un peu ampoulé, il reste intéressant à lire même aujourd’hui, à la fois à titre de document sur les conditions de vie des marins-pêcheurs de l’autre siècle mais aussi pour l’histoire finement contée qui se développe en huis-clos, à bord du Vulcain. L’intrigue a quelque chose d’un antique drame qui s’établit graduellement, par petites touches, pour exploser dans les dernières pages de façon aussi logique que tristement humaine. Le héros, Jean Villemeur, est une sorte d’archétype de capitaine solitaire, fier, dur à la peine, peu causant, mais admiré de son équipage. L’obstination du fils qui est loin d’avoir la carrure et la fermeté de son père, ne s’explique elle aussi qu’en toute fin. Un ouvrage sur la mer, intéressant et émouvant, à classer avec ceux de Conrad, Melville ou Quéffelec.

Ma note

4/5

ROMANTERROIR

MAURIN DES MAURES (JEAN AICARD)

Le résumé du livre

Au siècle dernier, en Provence, dans le massif des Maures, Maurin, braconnier facétieux aussi porté sur les femmes que sur la galéjade, et son ami Parlo-Soulet, grand gaillard taiseux, se retrouvent dans une auberge de campagne devant un auditoire de paysans à qui ils racontent des histoires en présence de deux gendarmes venus de Cogolin. Aussi inconscient que taquin, Maurin décide de jouer un tour qui ridiculisera les deux pandores ceci pour se faire valoir aux yeux d’une très jolie Corse qui plait beaucoup au coureur des bois. Les deux compères profitent d’un moment d’inattention pour s’emparer des chevaux des pandores, filent dans les bois avant de finalement les renvoyer à leurs propriétaires humiliés…

Ma critique

« Maurin des Maures », paru en 1908, est un roman de terroir comme on n’en écrit plus de nos jours. Il est très long, pas moins de cinquante chapitres et la bagatelle de 463 pages. Ça tire un peu à la ligne et donne l’impression d’une sorte de feuilleton écrit autour de la personnalité attachante de ce Provençal rebelle, républicain un tantinet anarchiste, toujours prêt à jouer des tours à la maréchaussée qui n’a de cesse de le pourchasser sans jamais parvenir à le coincer. Il y a du Jacquou le croquant et du Robin des bois chez Maurin et bien sûr ce gros plus méridional, vantardise, jovialité et tartarinades incluses. Toute l’intrigue tourne autour de l’idylle contrariée avec la belle Tonia promise au gendarme Alessandri. Le récit est entrecoupé des récits et commentaires du taiseux compagnon de Maurin ainsi que de quelques contes et anecdotes provençales servant en quelque sorte d’intermèdes. Très bien écrit, cet ouvrage n’est pas désagréable à lire. Il peut encore intéresser les amateurs de folklore méridional. Aicard, poète parnassien, ami de Verlaine et Rimbaud, est malheureusement un peu oublié de nos jours.

Ma note

3/5

ROMAN

LA DYNASTIE DES FORSYTE / LE CHANT DU CYGNE (JOHN GALSWORTHY)

Le résumé du livre

Nous sommes maintenant en 1926. La Grande-Bretagne vit une réalité sociale difficile et chaotique. Les mineurs et les cheminots se sont embarqués dans une grève interminable. L’économie du pays est impactée en raison de la pénurie de charbon et des chemins de fer qui fonctionnent au ralenti. Craignant pour l’avenir, Tante Winifred a fait des stocks de nourriture. Avec quelques-uns de leurs amis artistes et membres de la haute société, Fleur et Mickaël ont décidé de créer une cantine pour distribuer des repas aux ouvriers nécessiteux. Le nouveau député tente également de collecter des fonds pour transformer en logements corrects et dotés de l’électricité toutes sortes d’habitations ouvrières insalubres. De son côté, June continue à vouloir lancer de jeunes peintres inconnus…

Ma critique

« Le chant du cygne » est le dixième et dernier tome de la saga des Forsyte. C’est le plus sombre et le plus social de la série. On y voit la montée en puissance du syndicalisme et des idées communistes, l’importance de la question sociale et l’évolution des mœurs. En bon conservateur, Soames ne voit rien de bon dans tout cela. Quand on lui propose d’intégrer un comité pour l’électrification des taudis, il refuse d’y participer. Il ne comprend pas grands choses aux nouvelles mœurs (coupe à la garçonne, danses « modernes » comme le charleston) et rejette l’art nouveau, la peinture moderne, lui qui fut un collectionneur averti d’œuvres d’art. Sans dévoiler le final, on dira simplement que la saga s’achève sur un terrible drame. Le lecteur quitte avec un certain regret le personnage principal qu’il côtoie depuis le début et auquel il a fini par s’attacher. Une saga magistrale, très bien écrite, plus intimiste que sociale dans son ensemble, qui, vu sa longueur demande une certaine constance au lecteur.

Ma note

4/5

ROMAN

LA DYNASTIE DES FORSYTE (À LOUER)

Le résumé du livre

La saga redémarre en 1920. Suite au premier conflit mondial, la situation politique et sociale a beaucoup évolué en Angleterre. Soames voit ses impôts augmenter considérablement. Il découvre que les socialistes voudraient procéder à des prélèvements sur le capital, ce qu’il considère comme une idée folle, tout à fait dans la ligne de la démence générale qui, à ses yeux, s’est emparée du pays. Sa fille Fleur poursuit ses études dans un pensionnat des plus huppés. Et voilà que dans une exposition de peinture, Soames fait la connaissance du jeune Michaël Mont, un baronnet. Sans trop réfléchir, il l’invite chez lui. Par son entremise, Fleur rencontre Jon, son cousin germain dont elle ignorait l’existence. Les deux jeunes gens tombent éperdument amoureux l’un de l’autre, ce qui n’est pas du tout du goût de leurs parents qui voient leur douloureuse histoire ressurgir sous une forme inattendue avec la nouvelle génération.

Ma critique

Nouvel épisode de la « Dynastie des Forsyte », « À Louer » tourne autour des amours contrariées de Jon et de Fleur, nouveaux Roméo et Juliette victimes du passé de leurs parents respectifs. Ce tome est un peu moins sombre que le précédent à ceci près que les histoires d’amour finissent mal en général. John Galsworthy l’illustre parfaitement avec cette romance douce-amère. Nouvelle génération, même trio perdant. Mêmes erreurs ! L’expérience des parents ne sert en rien celle des enfants. L’ensemble est magnifiquement observé et décrit. Le style très descriptif, minutieux, pointilleux, quasi proustien, porte une histoire bien construite et surtout pleine de personnages criant de vérité. Plus le lecteur avance dans la saga, plus il s’attache à ces Forsyte plein de défauts et de qualités. Et surtout humains, si humains.

Ma note

4/5

ROMAN

LA DYNASTIE DES FORSYTE / LES PASSANTS (JOHN GALSWORTHY)

Le résumé du livre

À Washington, district de Columbia, Soames termine en compagnie de sa fille Fleur et de son mari Mickaël, un tour du monde qui a duré six mois et qui a permis à sa fille de retrouver un certain équilibre largement mis à mal lors de son procès avec Marjorie. Un jour, il se trouve dans un cimetière en train d’admirer une statue quand il aperçoit par hasard le jeune Jon, premier amour de Fleur, en compagnie d’Anne, son épouse américaine. Il est hors de question que les deux personnages se rencontrent. Soames est troublé quand il réalise qu’Irène qui l’a tant fait souffrir est également du voyage…

Ma critique

Neuvième et avant dernier épisode de la saga des Forsyte, « Les passants » est un court intermède un peu mélancolique avant le tome final intitulé « La mort du cygne ». Soames s’achemine vers la fin d’une vie riche en péripéties. Il aura été le fil rouge de toute cette histoire. Il réalise la vanité de toute chose, les difficultés de compréhension entre les humains et la solitude omniprésente. La mort rôde autour du vieil homme. Les fantômes du passé ressurgissent. La fin est proche. Pourtant, lui demeure, fatigué, las, mais bien décidé à encore résister, à ne pas baisser pavillon. Après tout, bien d’autres vieux Forsyte, ont passé le cap des 70 ou des 80. Il s’en est même trouvé un pour finir centenaire. À ce stade du récit, le lecteur attend un dénouement digne du niveau élevé de l’ensemble.

Ma note

4/5

ROMAN

LA DYNASTIE DES FORSYTE / LA CUILLÈRE D’ARGENT (JOHN GALSWORTHY)

Le résumé du livre

Mickaël, qui a abandonné ses responsabilités dans le monde de l’édition et la plupart de ses espoirs littéraires, décide de se lancer dans la carrière politique. Son père use de son influence pour lui obtenir un poste de député conservateur alors que le cœur de son fils pencherait plutôt du côté du socialisme et du travaillisme. Mickaël consacre d’ailleurs son premier discours au Parlement à exposer la doctrine « foggartiste », du nom d’un théoricien prônant le retour à la terre et l’envoi d’un maximum de jeunes gens dans les colonies britanniques, histoire de résorber le chômage. De son côté, Soames se retrouve avec une mauvaise affaire sur les bras. Une certaine Marjorie Ferrar, petite-fille d’un lord désargenté, s’étant ouvertement moquée de Fleur lors d’une réunion mondaine, son père a pris sa défense, l’a insultée et jetée dehors. Il est menacé d’un procès s’il ne présente pas d’excuses. Fier et sûr de son bon droit, Soames refuse…

Ma critique

« La cuillère d’argent » qui représente le huitième épisode de « La dynastie des Forsyte », est un tome nettement plus social que d’autres. L’auteur dépeint en parallèle les milieux les plus aisés, ceux qui naissent avec une cuillère d’argent dans la bouche, et les plus démunis, ceux qui croupissent dans les ruelles les plus sordides de Londres. Il nous offre une scène de « comédie » (dans le sens de la « Comédie humaine » de Balzac) judiciaire avec ce procès ridicule impliquant Fleur et Marjorie, deux égéries « libérées » du milieu artistique et littéraire en vogue dans la capitale. Le regard de Galsworthy est aussi amusé que désenchanté sur le milieu judiciaire que sur les tentatives maladroites de réinsertion à la campagne de pauvres bougres bien peu à la hauteur du défi que cela représente. Encore un tome bien intéressant autant par la qualité du style (quelque part entre Dickens et Zola) que pour les intrigues croisées et les personnages bien pétris d’humanité.

Ma note

4/5

ROMANROMANCE

LA DYNASTIE DES FORSYTE / DÉCLARATION SANS PAROLE (JOHN GALSWORTHY)

Le résumé du livre

En février 1924, en Caroline du Nord, le jeune Jon Forsyte, après un échec en Colombie britannique, s’est lancé dans la culture des pêches. Au cours d’une partie de campagne dans son cercle d’amis, il fait la connaissance d’une jeune et jolie Américaine, Anne Wilmot, sœur de son ami Francis. Le pique-nique se passe au mieux. Le groupe continue en direction de tumulus indiens. Jon et Anne se proposent de rentrer à cheval à l’hôtel. Ils finissent par se perdre et par se laisser surprendre par la nuit. Jon ressent une attirance immédiate envers la jeune fille. Va-t-il lui déclarer sa flamme ? Osera-t-il se lancer, faire le premier pas ?

Ma critique

« Déclaration sans parole » représente le septième épisode de la dynastie des Forsyte. C’est une sorte d’intermède ensoleillé entre deux séquences dramatiques. John Galsworthy nous offre une charmante parenthèse romantique dans un décor de grands espaces et dans une ambiance de vie libre et sauvage. Cela lui permet de faire un parallèle avec l’atmosphère plus confinée, autant dans les décors que dans les esprits, de la vieille Angleterre. Au passage, il n’oublie pas d’évoquer tous les problèmes du sud profond : la ségrégation raciale, la justice expéditive, les lynchages, etc. Un ouvrage court mais intéressant qui permet au lecteur de reprendre son souffle avant la suite des évènements de cette saga à la fois intimiste et sociale.

Ma note

4/5

ROMAN

LA DYNASTIE DES FORSYTE / LE SINGE BLANC (JOHN GALSWORTHY)

Le résumé du livre

La saga reprend en 1926 dans une atmosphère de crise un peu délétère. Fleur et Mickaël ne sont mariés que depuis deux ans. Leur salon sert de base à bon nombre d’artistes de l’avant-garde : peintres, romanciers, poètes, sculpteurs, etc. L’un d’entre eux, Wilfrid Desert, qui fut le compagnon d’armes et le témoin de mariage de Mickaël Mont, s’aperçoit qu’il est en train de tomber amoureux de la trop charmante Fleur. N’étant pas payé en retour, l’artiste envisage de partir courir le vaste monde, histoire d’oublier cet amour impossible. Suite à son alliance avec les Mont, Soames se retrouve au Conseil d’administration d’une compagnie d’assurances fort mal gérée. Un administrateur-délégué s’est permis de graves malversations. Soames refuse d’étouffer l’affaire…

Ma critique

« Le singe blanc » est le sixième épisode de « La dynastie des Forsyte ». Très habilement, John Galsworthy en profite pour faire évoluer ses personnages et la situation. L’honnêteté et la rigueur ne semblent plus de mise dans une époque d’avidité et de profit. La saga évolue plus nettement vers le roman social. Le tableau est assez noir. Les gentlemen de la City laissent apparaître leur lâcheté et même une certaine forme de malhonnêteté. Un petit couple de prolétaires, Victorine et Tony Bicket, luttent pour leur survie. L’un en vendant des ballons de baudruche dans la rue et l’autre en posant nue pour des peintres plus ou moins respectueux. Et là, il y a du Dickens ou du Zola sous la plume de Galsworthy. L’épisode se termine assez mal pour Soames qui prend de plus en plus une stature de Commandeur, de dernier témoin d’une autre époque. Décidément, le lecteur ne se lasse pas de cette longue saga, car évolutions et rebondissements ne manquent pas cette fois encore.

Ma note

4/5

ROMAN

LA DYNASTIE DES FORSYTE / L’AUBE (JOHN GALSWORTHY)

Le résumé du livre

1909. Soames s’est marié avec Annette surtout dans le but d’avoir un héritier à qui il pourra transmettre sa conséquente fortune. Mais, à l’issue d’un accouchement dramatique, sa jeune épouse met au monde une fille qui sera prénommée Fleur. De son côté, Irène a refait sa vie avec Jolyon Forsite, l’artiste de la famille. Ensemble, ils ont eu un enfant, le petit Jolyon, surnommé « Jon ». À huit ans, c’est un bambin solitaire et imaginatif qui vit dans ses rêveries et qui s’invente des histoires inspirées de celles de Tom Sawyer et Huckleberry Finn ou du roi Arthur et des chevaliers de la Table Ronde…

Ma critique

« L’aube », bref épisode de la « Dynastie des Forsyte » se présente comme une sorte d’intermède chaleureux, agréable comme un matin d’été entièrement centré sur un petit personnage charmant. Une ode à l’enfance, à son monde aussi enchanté que terrifiant. En effet, comme il est hypersensible, le petit Jon est sujet à de terribles cauchemars. Ses parents sont souvent partis en voyage à Paris et un peu partout en Europe. Il passe donc son temps à les attendre, gardé par sa nurse et par sa tante June. Il voue un véritable culte à sa maman Irène. Une très jolie parenthèse, toujours parfaitement écrite. Rarement le monde de l’enfance n’a été aussi magistralement décrit.

Ma note

4/5

ROMAN

LA DYNASTIE DES FORSYTE / AUX AGUETS (JOHN GALSWORTHY)

Le résumé du livre

Trois années plus tard, en 1895, Susan Hayman, celle des sœurs Forsyte qui était mariée, meurt et est incinérée. Quatre ans plus tard, en 1899, c’est le tour de Roger Forsyte de quitter cette terre. Ruiné en raison des performances décevantes d’un pur-sang, Montague Dartie doit s’enfuir de chez lui comme un voleur quand sa femme, Winifred Forsyte découvre qu’il lui a également dérobé un magnifique collier de perles. Soames lui conseille d’en passer par le tribunal dans le but d’en arriver à un divorce en bonne et due forme, seule manière de se débarrasser de ce boulet impécunieux. Lui-même a fait la connaissance d’Annette, fille d’une restauratrice française. Il songe à refaire sa vie avec elle malgré les 25 ans qui les séparent, mais cela risque d’être compliqué car depuis des années, il n’est que séparé de corps et non divorcé d’Irène.

Ma critique

« Aux aguets » représente le troisième volet de la « Dynastie des Forsyte ». L’accent est mis cette fois encore sur Soames, honnête, rigoureux, toujours amoureux de sa femme, et à qui tant de choses résistent. Pour lui, comme pour beaucoup d’ailleurs rien ne se produit comme il le voudrait et pourtant ce n’est pas l’argent qui lui manque. Dans cet épisode, les évènements extérieurs et en particulier la guerre des Boers en Afrique du Sud précipitent les choses. Val et Jolly s’enrôlent dans une sorte de surenchère un brin ridicule. La conséquence ne tardera pas. À cette époque, se produit également le décès de la reine Victoria. C’est toute une époque qui s’achève et un monde nouveau qui apparaît avec les premières automobiles et surtout une nouvelle mentalité. Dans cet opus, l’intrigue prend un tour nettement plus dramatique, ce qui maintient l’intérêt et incite à poursuivre une lecture agréable surtout pour les personnages attachants car très humains.

Ma note

4/5

ROMAN

LA DYNASTIE DES FORSYTE / DERNIER ÉTÉ (JOHN GALSWORTHY)

Le résumé du livre

En 1892, le gros Swithin qui s’est laissé mourir à l’âge de 79 ans, quitte la scène en jetant un doute sur la longévité indéfinie des Forsyte. Tante Ann l’avait d’ailleurs précédée dans la mort en 1886, date d’ouverture de la saga. Le vieux Jolyon qui a racheté la maison de Soames vit maintenant à la campagne avec ses petits-enfants et son fils Jo qu’il a institué comme seul et unique héritier de ses biens. Un jour, alors qu’il se promène dans le bois de Robin Hill, Jolyon se retrouve face à Irène, la réprouvée, la rejetée et l’invite à dîner. Maintenant séparée définitivement de Soames, elle lui apprend qu’elle vit seule dans un modeste appartement de Chelsea et qu’elle donne des leçons de musique pour subvenir à ses besoins.

Ma critique

« Dernier été » représente le seconde épisode de « La dynastie des Forsyte ». C’est un court roman ou une sorte de longue nouvelle (novella) en forme de point d’orgue dans le déroulé des évènements. Six années ont passé. Les passions se sont apaisées avec la disparition de Bosinney, le divorce et la nouvelle vie d’Irène. Le lecteur sent que l’histoire prend un tournant plus dramatique. C’est le tout dernier été du patriarche qui va tirer sa révérence de manière particulièrement poétique. La belle Irène, femme adultère source de scandale, va égayer les derniers instants du vieil homme qui, sous des dehors un peu rugueux, montre de belles qualités de cœur. Il est humain, très humain. Emouvant même quand on le voit essayer de réchauffer ses vieux os au spectacle de la jeunesse et de la beauté. On attend la suite en se doutant que l’intrigue va prendre un nouveau cap après ce moment dramatique.

Ma note

4/5

ROMAN

LA DYNASTIE DES FORSYTE / LE PROPRIÉTAIRE (JOHN GALSWORTHY)

Le résumé du livre

Le 15 juin 1886, la famille Forsyte, roturiers enrichis dans les affaires, est réunie dans la maison de son chef, le vieux Jolyon pour y célébrer les fiançailles de June, sa petite-fille, avec Philip Bosinney, architecte fantasque et désargenté. Autant dire une mésalliance. Pour être certain que le fiancé sera capable de subvenir aux besoins de sa future femme, Jolyon a exigé que le mariage ne soit pas célébré tant que l’impétrant ne soit capable de gagner au minimum 400 livres par an, ce qui risque de prendre pas mal de temps. Un jour, Soames, l’un des frères Forsyte, décide néanmoins de confier au jeune architecte la responsabilité de la construction d’une somptueuse maison de campagne. Mais rien ne se passe comme prévu. Le montant du devis initial est largement dépassé. Et pour ne rien arranger, son épouse Irène se montre de plus en plus distante et commence même à s’intéresser un peu trop au nouveau venu dans le clan…

Ma critique

« Le propriétaire » est le premier tome de « La dynastie des Forsyte », une saga qui en comporte dix. Le lecteur y découvre la vie d’une famille de la haute bourgeoisie dans l’Angleterre de la fin du règne de la reine Victoria. Partis de rien, leur ancêtre n’étant qu’un modeste fermier, ces gens ont gravi un à un tous les échelons d’une société en pleine expansion. Ils sont devenus négociants (comme Jolyon), notaires (comme James), administrateur de sociétés foncières (comme Swithin) ou propriétaires d’immeubles (comme Roger). Ils fréquentent le meilleur monde et ne pensent qu’à une chose, conserver leur patrimoine et, si possible, encore et toujours le faire prospérer. Aussi quand l’un des membres du clan sort un peu des rails, tel le jeune Jolyon qui se voudrait artiste peintre, il est rejeté sans la moindre pitié. Cette situation est très minutieusement décrite. Les personnages et tout particulièrement Soames, June, Bosinney, Irène et le vieux Jolyon sont tous criants de vérité. Ça sent même terriblement le vécu. Le style est ample et particulièrement soigné. On trouve comme une parenté avec Balzac, Zola et même Anatole France chez Galsworthy (qui ne fut pas honoré du prix Nobel de littérature sans raison). On quitte ce premier opus tout à fait passionnant avec un très fort désir de découvrir la suite des aventures de ces gens.

Ma note

4/5

POLICIERROMAN

L’AGENDA KOSOVO (GÉRARD DE VILLIERS)

Le résumé du livre

En 2007, au Kosovo, non loin du village de Decani, un monastère abritant quelques moines d’origine serbe est protégé par un détachement de bersaglieri italiens de la KFOR. Une nuit, Adile, une jolie kosovare, monte au monastère rejoindre un certain Beppo Forlani qui finit par lui faire l’amour dans un cabinet de toilettes. Pendant ce temps, un commando albanais, « les loups noirs du Kosovo » profite du relâchement de surveillance de Beppo et de son collègue Vanzetti pour s’introduire discrètement dans le monastère, kidnapper cinq moines, les emmener dans la forêt et les décapiter à la scie circulaire. Cet acte barbare déclenche immédiatement l’intervention magistrale du prince Malko Linge…

Ma critique

« L’agenda Kosovo » est un roman d’action et d’espionnage basé sur des faits réels et particulièrement bien documenté. L’intrigue n’est malheureusement pas très originale. Malko, pour tenter de découvrir qui a commandité le crime, doit remonter toute une filière en passant de témoin en témoin. La seule surprise réside dans le fait que cette affaire fonctionne sous « fausse bannière » et donc que les apparences peuvent être trompeuses. Sinon, le procédé de fabrication repose sur l’éternelle même recette : pas mal de violence entrelardée de scènes de sexe censées pimenter le propos. L’ennui c’est que les descriptions sont quasiment tirées au kilomètre au mot près et que la monotonie ne peut qu’engendrer l’ennui. Chacun sait ce qu’il peut attendre de ce genre de « littérature », autrefois dite « de gare » et ne doit pas s’attendre à autre chose qu’un peu de divertissement facile et sans conséquence.

Ma note

3/5

ROMAN

THE FAVORITE GAME (LEONARD COHEN)

Le résumé du livre

À Montréal, vit une importante communauté juive qui s’estime être la plus influente du Canada. Et, en son sein, une famille se considère comme tenant le haut du pavé, les Breavman. Le dernier descendant de la dynastie s’encanaille avec quelques amis. La liste de ses conquêtes féminines est assez impressionnante (Heather, Bertha, Lisa, Tamara, Norma, Shell…) Dans une boîte de nuit, il est à l’origine d’une bagarre générale. En s’aidant d’un livre d’hypnotisme, il parvient à prendre le contrôle mental d’une fille un peu naïve et à abuser d’elle. Il aime beaucoup fréquenter de jeunes militantes communistes et gauchistes…

Ma critique

« The favorite game » est un roman composé par une suite d’anecdotes non chronologiques et reliées entre elles de façon assez lâche. Le thème servant de fil rouge est la recherche de l’amour plutôt physique. Pour Léonard Cohen, c’est une quête sans grand espoir, désenchantée et quasi désespérée. À cette problématique s’ajoute celle de la condition juive. Hitler, le nazisme et les camps de concentration sont évoqués à diverses reprises. Quelques pages pour un portrait de la mère juive et un peu plus pour la musique, les débuts du folk avec Leadbelly, Pete Seeger, les Weavers par exemple. Breavman joue de la guitare. Le lecteur doit-il en déduire qu’il est plus ou moins un avatar de l’auteur. Le style littéraire est simple et sans afféteries. Cet ouvrage sans grande envergure ne laisse pas un souvenir très marquant. Nul doute que Cohen est meilleur chanteur qu’écrivain !

Ma note

3/5

ROMAN

DANS LA BAIE MAUVE (SARA BAUME)

Le résumé du livre

Dans un petit village de l’Irlande profonde, Ray, homme d’un certain âge, vit seul dans une modeste maison face à la mer. Orphelin, il n’a pas connu sa mère et il a passé son enfance chez une femme qu’il n’aimait pas et qu’il devait appeler « Ma Tante ». Considéré comme débile mental, il n’alla pas à l’école, ne fréquenta pas d’enfants de son âge et vécut en la seule compagnie de son père, homme froid et indifférent qui passa sa retraite à fabriquer des jeux de sociétés aux règles improbables avant de décéder fort âgé en s’étouffant avec une saucisse. Se retrouvant du jour au lendemain seul et abandonné, Ray décide d’adopter un chien, un ratier au caractère difficile qui se bat souvent avec ses congénères. Il est couvert de cicatrices et a déjà perdu un œil. D’où son nom : « One Eye ». Le couple cabossé part au hasard des routes, vivant, mangeant et dormant sur des parkings dans une vieille auto.

Ma critique

« Dans la baie fauve » se présente comme une sorte de long monologue réparti sur quatre chapitres, un pour chaque saison de l’année. Par bribes, Ray raconte sa vie à son chien, son seul confident et son seul ami. Celle-ci étant très tristesse et d’une monotonie à pleurer, l’auteure la pimente de longues et minutieuses descriptions de plages, d’oiseaux marins, de plantes, d’animaux familiers et autres décors ou paysages. Le résultat donne une sorte de « magie du quotidien » avec des alternances d’épisodes un tantinet abracadabrantesques qui ne manquent d’ailleurs pas d’étonner. Peu de péripéties, aucun rebondissement, et pourtant, l’intérêt ne se dément pas et on lit même avec un certain plaisir. Sans doute est-ce dû au regard acéré de l’auteure, à ses observations pertinentes, à ses fulgurances et à son style particulier, tout en finesse et allusions. Les deux personnages ne peuvent laisser indifférents. Leur histoire dans sa terrible banalité amène à réfléchir sur le sens de ces « petites » vies « inutiles ». Un premier roman très réussi et déjà remarqué dans divers prix littéraires.

Ma note

4/5